Histoire de la pêche en Islande :

des vikings pêcheurs à la Guerre de la Morue


Fjord en Islande

L’Histoire de l’Islande est étroitement liée à celle de la pêche. Les premiers colons, des vikings norvégiens, exploitent sommairement les ressources halieutiques de l’île qu’ils viennent de découvrir. La pêche en mer étant à haut risque, ils lui préfèrent la pêche en fjord, lacs et rivières. 


Les eaux poissonneuses de ce pays insulaire leur apporte de quoi survivre aux rudes conditions. Morue, saumon, hareng, la diversité des poissons attire les marins-pêcheurs étrangers. Notamment ceux de la proche Angleterre. Des rivalités pour la propriété des eaux territoriales vont naître. Jusqu’à ce que le plus grand conflit de l’Islande émerge au XXème siècle : la Guerre de la Morue. Un long conflit avec les marins de sa Majesté la Reine d’Angleterre. 

Les Vikings d’Islande étaient-ils pêcheurs ?


Leifur Eirikson Viking Islandaise

Fin du IXème siècle, les premiers colons foulent une terre insulaire inconnue. L’île est bordée par deux océans, Océan Arctique et Océan Atlantique, et plusieurs mers : Mer du Groenland, Mer d’Irminger, Mer de Norvège et Détroit de Danemark. 


Ces navigateurs décident de se sédentariser dans ce nouveau lieu, malgré des conditions difficiles. Pour survivre, ils établissent des fermes et pêchent dans les fjords, les lacs et les rivières du pays, la pêche côtière étant un peu plus difficile d’accès. Leurs pêches tournent essentiellement autour de la morue. Puis la truite et l’omble, disponibles toute l’année. 

Les colons islandais s’adaptent aux rudes conditions de l’île

Egill le scalde Saga Islande

Ces colons sont des vikings venus de Norvège. Ils sont navigateurs, explorateurs, et rêvent de terres nouvelles qui leur apporteront une vie sereine et surtout confortable. Car les vikings ne sont pas des guerriers assoiffés de violence. Ils ne boivent pas le sang de leur victimes dans des cornes, affublés de casques à cornes. Non, les vikings sont avant tout des fermiers et des commerçants. 


Quand ils débarquent de leur knör et de leur langship sur cette île désolée, les vikings entreprennent immédiatement la construction de fermes. Fondée sur une économie pastorale, leur quotidien priorise le pâturage et la chasse-cueillette : chasse aux phoques et aux oiseaux, ramassage des œufs. La pêche n’est que secondaire pour ces experts marins. Elle est un complément de leurs activités agricoles. Tout comme quand ils découvrent au hasard d’une excursion l’épave d’une baleine échouée. 


La « Saga d’Egill », chef d’œuvre de la littérature médiévale islandaise, raconte comment le père d’Egill, Grim le chauve, gérait les ressources islandaises. Sous ses ordres, des hommes partent à la pêche. Une expédition souvent dangereuse. 

Les techniques de pêche dans l’Islande médiévale

Bateau Pêche Fjord Islande

Dans leur pays d’origine, la Norvège, les premiers colons usaient de ressources prolifiques. Des forêts norvégiennes, ils exploitaient suffisamment de bois pour construire leurs bateaux. L’habitude a la dent dure. Ils ont reproduit leurs pratiques en terre d’Islande. 


En peu de temps, ils épuisent les ressources forestières. De moins en moins de bois, de moins en moins de bateaux. Le rare bois flotté qu’ils récupèrent ne suffit pas à leurs besoins. La pêche en mer devient presque impossible. Seules de petites embarcations partent. L’équipage n’est composé que de deux marins, parfois un seul. La pêche se concentre sur les sites accessibles et fertiles : fjords islandais, rivières et lacs. 


Comme les Inuits encore aujourd’hui, les Islandais de l’époque médiévale creusaient des trous pendant les rudes hivers dans la glace et pêchaient à l’aide de filets. Les prises étaient ensuite coupées en deux puis séchées, soit au vent (sec et froid), soit sur des claies.

La convoitise des marins-pêcheurs étrangers 

Fresque pêche Islande

Attirés par les eaux très poissonneuses au large des côtes islandaises, les marins anglais partent de leur port morutier pour pêcher dans l’espace marin de l’Islande. Au XIIIème siècle, rien n’est officiel sur les zones maritimes. Pas de délimitation, pas de frontière et pas de législation. Mais à la fin du XVème siècle, la Hanse (ou ligue hanséatique) exclue les marins anglais de ce type de pêche. La Hanse est une union des villes marchandes germaniques. L’Islande est à ce moment-là sous le joug du Danemark. Les intérêts commerciaux de ces pays scandinaves expliquent leur fermeté vis à vis de l’Angleterre. 


En 1532, un marin anglais est tué en Islande. S’en suit une bataille navale entre flottes danoise et anglaise. Elle aura pour conséquence le bannissement de l’Angleterre du pays d’Islande pendant plus de trois siècles. Cette période signe les prémices de la Guerre de la Morue, conflit anglo-islandais de la fin du millénaire. 


La Guerre de la Morue, le conflit maritime entre l’Islande et l’Angleterre


Si Ordralfabétix, un des héros de la bande-dessinée « Astérix » d’Uderzo et Goscinny, avait été islandais, nul doute qu’il aurait bombardé quelques anglais de lancés de poissons pas très frais. La Guerre de la Morue est un conflit sans armes entre l’Islande et l’Angleterre. 


Naissance d’un conflit maritime

Ce n’est qu’à la fin du XIXème siècle que les marins-pêcheurs anglais reviennent flirter avec les côtes islandaises. Rapidement, en 1901, Danois et Anglais signent un accord autorisant ces derniers à pêcher dans ces eaux, avec interdiction d’approcher plus près que 3 milles nautiques. 


Deux décennies plus tard, au sortir de la Première Guerre Mondiale, ce sont les Allemands qui s’aventurent dans les eaux islandaises. En 1933, le géographe landais, Louis Papy, décrit l’état de la pêche en Islande. Avec cartes et photos, il analyse les débuts de l’industrialisation de la pêche


Graffiti Bateau de Pêche en Islande

Dans l’entre-deux guerres, des tensions émergent. Jusqu’à ce qu’éclate le deuxième conflit mondial. Le Danemark est envahi par l’Allemagne nazie dès 1940. Les Anglais, sous couvert de protéger l’Europe du Nord, s’installe à Keflavík, à côté de la capitale Reykjavik. L’armée américaine les rejoindra plus tard. 


L’Islande, dont le nationaliste se fait sentir depuis plusieurs décennies, profite de l’occupation allemande au Danemark pour obtenir son autonomie. Puis, le 17 juin 1944, l’Islande proclame son indépendance. Le nouveau gouvernement met aussitôt en place de nombreuses réformes et directives pour assoir sa légitimité. Concernant la pêche, il décide d’étendre sa zone halieutique d’un mille marin. D’autant plus que le marché florissant de la pêche attise les convoitises. 


Les raisons de cette extension ? D’abord la raréfaction des ressources issues de la mer. La morue se fait rare, et la pays a besoin du poisson pour survivre économiquement. Ensuite, l’Islande joue la double carte de la science et de la légitimité. La science pour préserver les espèces, la légitimité pour revendiquer leur droit à user de leur territoire maritime. Conséquence : en 1952, l’Islande étend sa zone de pêche et passe de 3 à 4 milles marins. L’Angleterre n’apprécie pas. 


Cette loi islandaise les prive d’une partie de leur commerce de pêche. En représailles, le Royaume-Uni gèle les importations de poissons venus d’Islande. Un embargo qui n’est pas soutenu par la plupart des pays voisins. C’est le début de la Guerre de la morue, également appelé Cod Wars en anglais et Þorskastríðin en islandais. Elle durera, coupée de quelques années de trêve, jusque dans les années 70.  

Les eaux territoriales islandaises 

Bateau de Pêche dans port islandais

Six ans plus tard, en 1958, l’ONU travaille à délimiter les zones territoriales mondiales. L’Islande profite de ces discussions pour augmenter encore sa zone maritime, jusqu’à 12 milles. Le Royaume-Uni décide de ne pas tenir compte de ces directives et de continuer à pêcher dans les eaux islandaises. 


Face à des Islandais convaincus de leur bon droit, l’Angleterre fait escorter ses bateaux de pêche par des navires de guerre de la Royal Navy. De son côté, l’Islande engage la responsabilité de l’OTAN et menace de la quitter si aucune action n’est menée. Un accord est tout de même rapidement trouvé. L’Islande préserve sa zone de pêche, les pays étrangers gagnent quelques dérogations. 


Les années 60 se passe dans un calme relatif. Jusqu’en 1972. Toujours sur les mêmes motifs, l’Islande éloignent sa zone exclusive. Désormais, la loi autorisent les marins-pêcheurs islandais de naviguer jusqu’à 50 milles. L’Angleterre s’obstine. Elle refuse de reconnaître la souveraineté de l’Etat islandais sur les eaux territoriales. Une guerre d’usure s’engage pendant laquelle les marins islandais prouvent leur talent d’imagination. 


Sans armée, non belliqueux, ils sapent le travail des marins anglais. Ils créent de gigantesques cisailles qui leur permettent de couper les câbles des filets de pêche anglais. Une perte sèche pour la flotte britannique. Non seulement ils perdent du matériel cher et précieux, mais leur pêche s’amoindrit. Par ailleurs, le gouvernement anglais décide que les bateaux iront désormais par deux. Un qui pêche, l’autre qui surveille. Cette tactique dessert totalement les intérêts britanniques. La totalité de leur flotte n’étant plus à temps plein sur le travail pur de la pêche. 


Deux ans plus tard, l’ONU, toujours elle, organise la conférence de Caracas. La plupart des pays participants sont favorables à une zone des eaux territoriales délimitée à 200 milles. L’Islande en prend bien note et institue une nouvelle loi en 1975. Tous les pays acceptent cette décision et signent des accords avec l’Islande. Tous sauf l’irréductible Angleterre.

Une ZEE étendue à 200 milles marins

Eaux territoriales d'Islande

L’OTAN, toujours sous la menace d’un retrait de la stratégique Islande, fait pression. En vain. Il faut attendre que le Royaume-Uni rejoigne la Communauté européenne en octobre 1977 pour qu’elle capitule. L’Europe ayant fixée elle-même la zone exclusive à 200 milles nautiques, l’Angleterre ne peut plus refuser ce droit à un autre pays. En 1982, la Convention de Montego Bay, qui découle en partie de ce long conflit nord-européen, établit la notion de ZEE : Zone Économique Exclusive. 


Après plus de vingt ans de conflit, les tensions entre Islande et Angleterre semblent apaisées. Elles ne ressurgissent que lors de la crise financière mondiale de 2008. Les investissements des Anglais en Islande ayant subi de lourdes pertes. Une question demeure : l’Angleterre va-t-elle repartir en guerre contre l’Islande après son Brexit ? 


Après tout, l’Europe ne l’oblige plus à respecter les droits maritimes des autres pays. D’autant que l’Islande a retiré sa demande d’adhésion à l’Europe, justement à cause des quotas et des restrictions sur la pêche industrielle. Un accord de libre-échange a pour le moment été trouvé. Mais il ne concerne que le numérique, le droit de douane sur certains produits et une réduction de taxes sur d’autres. Pêcher dans les eaux territoriales islandaises, les plus poissonneuses du monde, ne sera-t-il pas trop tentant pour le Royaume-Uni ?

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