Islande, pays de feu



L'Islande est un pays à la dualité glace-feu. La glace pour ses fjords et ses glaciers. Le feu pour ses volcans et sa géothermie. Les touristes ne peuvent faire l'impasse sur un bain en plaine nature dans un point chaud.

Sommaire

La géothermie

Le Lagon Bleu

Plaques et volcans



La géothermie



Les Islandais, conscients des forces de la nature dans leur pays, utilisent les ressources naturelles comme énergie. La géothermie est ainsi devenue l'énergie principale de l'île.

Du fait de sa position géographique et géologique, l'Islande bénéficie de sources de chaleur multiples. L'île est une partie submergée du rift médio-atlantique et donc constituée d'une pléiade de volcans. Par ailleurs, l'Islande est située sur un point chaud de l'Atlantique.

Les sources de chaleur sont d'ailleurs situées le long de l'axe principal du rift. Parmi les différentes sources : les volcans, les fumerolles, les solfatares, les geysers, les boues bouillonnantes, les piscines naturelles chaudes, etc.…Par exemple, un peu partout en Islande, on peut facilement prendre un bain chaud en pleine nature. Même si la température extérieure de l'air est fraîche, celle de l'eau peut atteindre 39°C.

Exploitation

Les ingénieurs islandais sont devenus experts dans l'exploitation géothermique de leur site. Ils utilisent la chaleur de la terre comme énergie nationale.

Grâce aux progrès techniques et à la technologie, la plupart des maisons islandaises sont chauffées par la géothermie (environ 90%). Tous les bâtiments publics, les piscines, les serres de fruits et légumes et même certains trottoirs de Reykjavík sont chauffés grâce à la géothermie.

Les usines géothermiques sont largement visibles au plus près des sources. Elles sont souvent reconnaissables au dégagement d'intenses nuages de vapeur.

Au-delà du chauffage, les Islandais traitent aussi la géothermie pour créer de l'électricité. Il existe trois centrales électriques dans le pays qui fournissent moins de 20% de la production électrique du pays.

Autre exemple de l'utilisation géothermique de l'Islande : le lagon bleu. Celui-ci est en fait un lac artificiel créé par les rejets d'eau d'une station de forage géothermique. Ce site est devenu aujourd'hui un détour incontournable de tout touriste.

Quel avenir ?

Les Islandais sont très conscients de la nature, de ses forces et de ses faiblesses. S'ils essayent d'exploiter au maximum la géothermie, d'améliorer l'exploitation, ils prennent en compte l'épuisement des ressources et veillent à ne pas provoquer d'incidents.

L'exploitation des richesses naturelles du pays permet à l'Islande d'être classée parmi les pays les moins pollués au monde. Il n'a d'ailleurs pas de centrale nucléaire.

Un des projets de l'Islande est d'user au mieux de ces ressources, de créer de nouvelles technologies d'utilisation des ressources naturelles pour se passer, à terme, des énergies fossiles telles que le pétrole.


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Le lagon bleu



De loin, l'eau apparaît bleue turquoise. Une brume enveloppe le tout dans un liseré blanc. Autour, un désert de lave.

Le Lagon Bleu, l'une de ces expériences qu'il faut avoir fait au moins une fois dans sa vie. Se baigner dans une eau à 37°C, avec une température extérieure parfois inférieure à 10°C. Il est la piscine la plus célèbre du monde.

Le Lagon Bleu, Bláa Lónid en islandais, est situé à l'extrême sud-ouest de l'Islande, dans la péninsule de Reykjanes, entre l'aéroport de Keflavík et Reykjavík. Autant dire une situation idéale : nombre de touristes s'arrêtent au Lagon Bleu avant de prendre leur avion, ou avant de rejoindre la capitale.

D'autres, comme les Américains, ne font escale en Islande que pour quelques heures, le temps de se baigner dans les eaux siliceuses du Lagon. Les islandais eux-même ne boudent pas l'endroit, mais se retrouvent souvent noyés dans le flot des touristes.

Plus de 400.000 personnes par an viennent au Lagon bleu.

Exploitation

1976, la zone géothermique de Svartsengi commence à être exploitée. L'usine utilise la chaleur de l'eau souterraine (250°C) pour créer de l'électricité. Elle n'utilise que la vapeur d'eau, seule exploitable. Sinon, l'eau sous forme liquide est chargée en silice et abîme le matériel.

Une fois exploitée, la vapeur est remise à l'état liquide. L'eau chaude part approvisionner l'île, notamment pour le chauffage.

Cette usine alimente en courant tout l'extrême sud-ouest de l'île, notamment une partie de la capitale. En tout, 45 000 personnes sont reliées à la centrale. 17 000 profitent de l'eau chaude dans leurs tuyaux.

Sur place reste l'eau chargée en silice non exploitée par l'usine. Elle est rejetée dans un lac artificiel de six millions de litres. Le Lagon Bleu est en train de naître.

En 1981, des Islandais commencent à se baigner dans les eaux du lagon. Ceux atteints de psoriasis (une maladie de peau) remarquent une amélioration de leur état après les bains. La silice contenue dans l'eau se révèle excellente pour la peau.

Il faut attendre encore six ans avant qu'une piscine digne de ce nom ouvre ses portes. Et encore sept ans de plus avant qu'une clinique spécialisée dans le traitement du psoriasis s'implante sur place. Le silice est parfaite pour traiter les problèmes de peau, en premier lieu le psoriasis et l'urticaire. Les premiers traitements spécifiques ont commencé en 1994. Une piscine intérieure de 50m² permet de recevoir ses soins plus au calme. L'accès à cette clinique n'est possible que sous contrôle médical, avec l'appui d'un dermatologiste.

En 1999, un architecte, Sigríður Sigþórsdóttir, crée tout un complexe autour du lagon. Piscine, clinique, mais également restaurant et boutiques. Le Lagon Bleu devient un haut lieu touristique.

Une information pour les touristes : se changer pour aller à la piscine en Islande est un moment à part. Dans toutes les piscines de l'île, le nageur est censé se présenter nu avec son maillot à la main, puis se doucher, avant de pouvoir entrer dans l'eau. Au Lagon Bleu cependant, rares sont ceux qui font la démarche.

La couleur bleue

Avec un peu de recul, l'eau du lagon apparaît bleu turquoise. Presque comme aux îles. Une raison : la présence d'algues bleues-vertes, censées protéger la peau des rayons UV et stimuler la production de collagène.

Une fois dans l'eau cependant, l'eau n'apparaît plus bleue, mais blanche. D'un blanc de nacre. La silice contenue dans l'eau teint également de blanc les rochers qui entourent le lagon.

C'est cette silice qui a fait la renommée mondiale du Lagon, non plus bleu donc, mais blanc. D'autant plus blanc que la vapeur d'eau est omniprésente au-dessus du bain.

Le Lagon

La zone de baignade en elle-même est immense. Le lagon bleu forme un bassin de 350m² environ, construit en lave, et agrémenté de bancs en Jatoba, un bois brésilien extrêmement résistant. Un peu partout, de la boue de silice est disponible pour des gommages ou des masques purifiants.

Le baigneur peut ensuite se poser sur un banc, dans un coin chaud, se laisser flotter au gré du vent au cœur du bassin (la salinité de l'eau est très forte, le corps flotte donc facilement) ou aller dans un sauna ou un hammam. Il peut même boire une bière servie directement dans l'eau du lagon. Vous payez avec le bracelet donné à l'entrée.

Mais le summum reste la cascade : une chute d'eau, artificielle bien sûr, spécifiquement conçue pour masser les baigneurs. La puissance du jet en chute libre peut surprendre, parfois même faire un peu mal, mais la sensation est inédite.

Au loin, le baigneur attentif peut voir l'usine géothermique, entourée de vapeur d'eau et de tuyaux. Mais sa présence, même massive, reste discrète.

Le Lagon Bleu est aujourd'hui plus qu'un bassin d'eau chaude. C'est une entreprise. L'une des plus grosses entreprises d'Islande, qui emploie près de 200 personnes.

Les produits siglés 'Lagon Bleu' sont disponibles à la vente, sur place bien sûr, mais également dans le centre de Reykjavík, à l'aéroport, et depuis un an à Copenhague, au Danemark.


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Plaques et volcans



Si vous demandez aujourd'hui à quiconque de donner un mot représentant l'Islande, neuf fois sur dix, la réponse sera "volcan". Actualité oblige, l'Eyjafjöll est entré en éruption en février 2010 et a grandement perturbé l'espace aérien.

Pourtant, l'Eyjafjöll n'est qu'un volcan parmi d'autres en Islande. Certains sont bien plus connus et bien plus destructeurs: le Laki, le Katla ou encore l'Hekla. L'Islande compterait pas moins d'une centaine de volcans et une petite trentaine de systèmes volcaniques.

Rien de plus normal puisque l'Islande se situe très exactement sur la dorsale médio-atlantique. Cette dorsale forme une gigantesque chaîne de volcans sous-marins d'environ 15 000 km. Elle est presque totalement immergée dans l'Océan Atlantique. Seule une partie émerge : l'Islande. La dorsale médio-atlantique est l'équivalent d'une frontière entre les plaques américaine et eurasienne. L'Islande est ainsi partagée entre deux plaques. Le meilleur endroit pour admirer au grand jour la limite entre les deux plaques est la faille d'une trentaine de kilomètres à Þingvellir.

À cause de l'écartement de ces deux plaques lithosphériques, les activités sismiques et volcaniques tout le long de la dorsale sont assez intenses. C'est en partie grâce à cette activité qu'est née l'Islande.

Naissance de l'Islande

En s'écartant, les plaques répondent à ce qu'on appelle le phénomène d'accrétion. L'étirement des plaques permettent au manteau terrestre de remonter. Durant son parcours vers la surface de la terre, ce manteau fond partiellement. Le magma ainsi formé s'engouffre dans les fissures. Une partie du magma s'épanche ensuite sous forme de lave et refroidit (au contact de l'eau de l'Océan Atlantique) pour finir par se solidifier. La dorsale ainsi créée dans les profondeurs de l'océan prend une forme montagneuse, très chaotique et entaillée.

L'écartement des plaques eurasienne et américaine serait donc à l'origine de la naissance de l'Islande. Mais cela ne suffit pas à expliquer sa formation. Ce phénomène d'accrétion est en fait accouplé à un autre phénomène géologique : le point chaud. C'est la superposition des deux qui donne à l'Islande sa légitimité géologique.

Le point chaud est un type de volcanisme. Tout le long de la dorsale, les températures diffèrent. À son extrémité nord, un puissant flux de matière chaude remonte des profondeurs. C'est un panache. Il est la base du point chaud. Et l'Islande est exactement située au-dessus de ce point chaud. La matière chaude du panache est moins dense que les roches environnantes. Conséquence directe : la matière du point chaud tente de remonter à la surface. Une fois parvenue, la lave perce la roche et jaillit. C'est ainsi qu'a été façonnée l'Islande, il y a moins de 20 millions d'années.

Surtsey

Illustration parfaite et récente de ce phénomène : Surtsey.

14 novembre 1963. Une nouvelle éruption sous-marine donne naissance à une île, Surtsey, au Sud de l'Islande. Elle était la plus jeune île du monde, à peine plus de 40 ans, jusqu'à tout récemment, détrônée par un îlot au large du japon, en 2013.

Comme l'Islande en son temps, Surtsey est né de l'alliance díun point chaud à la dorsale médio-atlantique. L'apparition d'une nouvelle île est si rare que l'UNESCO a classé Surtsey patrimoine mondial de l'humanité.

Surtsey reste inaccessible à la population. Seuls les scientifiques peuvent fouler son sol. L'émergence de cette île va leur permettre de comprendre comment la vie végétale ou animale se répand sur une terre nouvelle.

Retrouvez l'article dédiée à Surstey ainsi que les dessins de sa transformation depuis 1964 jusqu'à 2130.

Laki

1783 : autre date cruciale de l'histoire géologique de l'Islande. Pas d'île émergente, mais un volcan qui se réveille. Et le plus terrifiant de tous : le Laki.

Et quand le Laki s'active, ce sont 25 km de fissure, neuf mois d'éruption en continu et des dizaines de km3 de lave dispersés sur des centaines de kms. Les consÈquences sur la vie des Islandais de l'Èpoque sont désastreuses. Peu de bêtes ont survécu à ce déchainement de la nature. Les émissions de gaz et de cendres ont réduit à néant les cultures et asphyxié les cheptels et paysans. Près d'un quart de la population n'a pas survécu à la famine conséquente.

L'éruption a été est si violente et si dramatique qu'elle reste encore aujourd'hui ancrée dans la mémoire des Islandais.

Elle a donné lieu à de nombreuses légendes. La plus connue d'entre elles : le Laki serait à l'origine de la Révolution Française. Légende envoûtante : un nuage de cendres bien plus grave que celui que nous venons de connaître avec l'Eyjafjöll aurait détruit les récoltes françaises. Le peuple, épuisé par la famine, se serait ensuite rebellé contre son roi.

Nous savons aujourd'hui que seule une partie de cette légende est vraie. Le nuage de cendre a bien atteint la France et provoqué de graves dégâts. Mais c'était bien avant la Révolution Française. Louis XVI, devant l'ampleur de la catastrophe, avait répondu présent, nourri les paysans grâce aux réserves royales et débloqué 1% du budget de l'État, soit 3 millions de livres pour aider son peuple.

Vatnajökull

Plus récemment, en 1996, 2004 et 2011, le volcan Grímsvötn entre en éruption. Aucune victime mais des images extrêmement impressionnantes. L'éruption a duré deux semaines. Les Islandais ont certes été habitués à pire, mais ce volcan possède un signe distinctif particulier : il est enfermé sous le plus grand glacier d'Europe, le Vatnajökull.

C'est ici que la célèbre expression "Islande, pays de glace et de feu" prend tout son sens.

Lorsque le Grímsvötn entame son éruption sub-glaciaire, il fait fondre la glace du Vatnajökull. Vapeur et cendres sont expulsés à plusieurs milliers de mètres d'altitude. Au sol, la glace fondue se déverse à grands torrents. Des milliers de m3 d'eau créent ainsi de larges sillons dans le glacier. Des torrents de boue jaillissent du glacier dans la plaine innondant des kms de terrain. Le débit est puissant, pouvant atteindre 45 000 m3 par seconde.

Les Islandais appellent ce raz-de-marée jökulhlaup : le "glacier qui court". Le réveil de l'Hekla (Myrdalsjökull) ces dernières années laisse craindre un nouveau jökulhlaup. La ville de Vík est en ligne de mire et sera la première atteinte en cas d'éruption.

Eyjafjallajökull

Ce n'est pas l'éruption de l'Eyjafjöll qui va rassurer les Islandais. Dès les prémices de son activité, tous les regards se sont tournés vers l'Hekla. L'éruption de ce volcan pourrait être une catastrophe bien plus grande pour l'Islande que ne l'a été l'Eyjafjöll pour l'Europe.

L'Europe a été touchée par les cendres du volcan. Le nuage, démesurément immense et porté par les vents, ont obligé les aéroports à fermer. Des millions d'euros de dommages. Le nuage a été provoqué par la vapeur constituée par le choc entre la chaleur du volcan et le froid de la glace. Le jökulhlaup conséquent n'a pas fait de victimes. Découvrez le dossier sur l'Eyjafjöll



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Sources



Géologie de l'Islande

Documentaire Carnets de voyage, le tour du monde illustrée, croquis d'Anne Steinlein (lire son interview), Réalisation Philippe Crnogorac, 2007.

Documentaire Scandinavie sauvage : l'Islande, Arte, 2013.

Documentaire C'est pas sorcier - Islande, terre de glace et de feu, France 3.

Documentaire C'est pas sorcier - Islande, : une île qui souffle le chaud et le froid, France 3.

Islande, terre de feu, rêve de glace, Bousseaud, Romain Pages, 2005.

Nordic Volcanological Center

Comprendre le volcanisme islandais avec Jacques Sintès

Toutes les sources du site Toute l'Islande ici.




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