Le guerrier viking

L’image est tenace : un guerrier au casque à pointe, peau de bête, et un crâne humain dans la main pour boire de la vodka… L’imaginaire collectif pour le guerrier viking. Le stéréotype déformé d’Astérix a fait bien du mal à ce guerrier. Car le viking est loin d’être cette bête sauvage assoiffée de sang.

Généralités

Le viking n’est guerrier que durant les beaux jours, lorsque la glace se retire pour laisser les bateaux voguer en paix. Durant l’hiver, le guerrier redevient fermier, avec une famille à nourrir.

La mythologie nordique, et notamment le Vallahla, ce paradis ouvert aux guerriers morts au combat, pousse tout viking à guerroyer. Les peuples du nord n’ont pas peur de mourir au combat. Leur destin est de toute façon écrit, et leur vie dans l’au-delà sera enviable.

L’équipement

Aucun guerrier viking n’a combattu avec le fameux casque à corne. Il s’agit d’un casque cérémonial scandinave bien plus ancien qui n’existe plus au temps viking. Le casque de combat est similaire à ceux portés par les Francs ou les Anglais au même moment, avec une protection nasale. Mais il est réservé aux plus riches. De même que la côte de maille. Les plus pauvres doivent se contenter d’un justaucorps et d’un bonnet en cuir durci.

Le bouclier est rond, en bois, renforcé de fer, environ 1 mètre de diamètre, et peint de couleurs vives pour cacher à l’adversaire les points faibles, là où il pourra frapper pour fêler le bouclier sans difficulté.

Les armes, elles, varient selon l’origine géographique. L’épée est prisée par les norvégiens et les danois. Mais l’épée scandinave est de moins bonne qualité que l’épée franque. En Islande, l’épée est même quasiment bannie, à cause de l’absence de fer sur l’île : les épées existantes sont de si mauvaises factures qu’elles se tordent sous les coups de l’adversaires. L’Islandais lui préférera la hache.

En Suède, les guerriers utilisent plus volontiers la lance : un fer de 60 cm de long et 2 à 3 mètres de manche.

Certaines idées reçues prêtes le succès des attaques viking à la supériorité de leur armement. Il n’en est rien. L’équipement viking est en tout point semblable à celui de ses adversaires.

La tactique

Les batailles se sont en fait plus jouées sur le plan tactique. Les viking connaissent très bien leurs adversaires, pour les avoir fréquentés en tant que marchands des décennies durant. Ils savent où et quand attaquer : un point sans défense, le plus souvent un jour de grand événement où la sécurité est moindre. Le bateau viking, le knör (Drakkar étant une invention française du XIXème siècle), à faible tirant d’eau et très maniable permet aux vikings de remonter les fleuves et d’attaquer l’intérieur des terres très rapidement. La confusion résultant de ces attaques éclairs sert ensuite aux guerriers pour continuer le pillage plus à l’intérieur des terres, à cheval.

En cas d’une résistance quelconque, le combat est rarement engagé. Les viking n’aiment pas les batailles rangées. Les rares fois où ils se sont risqués à ce genre de combat, l’issue n’a pas été favorable.

Quand aux combats sur mer, ils se résument le plus souvent à un abordage, et un combat au corps à corps sur les ponts des bateaux.

Dernier point : il n’existe pas d’armée viking au sens propre du terme. Les scandinaves n’étaient pas assez nombreux pour former de véritables armées. De même, ils n’avaient pas assez de bateaux pour transporter tout le monde. Les images transmises par les clercs décrivant des mers couvertes de voiles viking ne sont que d’énormes exagérations. Les troupes vikings étaient un rassemblement de guerriers qui participaient tous aux frais de l’expédition, avec l’espoir de revenir bien plus riches des terres de l’ouest.

Le Berserker

Un jeu d’échec a été trouvé sur une plage des îles Hébrides, l’île de Lewis, en 1831. 78 pièces, sculptées dans l'ivoire de morse et de dents de baleine. Les spécialistes ont longtemps pensé que ces pièces étaient de facture islandaise. Aujourd’hui, la plupart pense plutôt qu’il aurait été fabriqué par un artisan norvégien de Trondheim au XIIème siècle.

Si l’on excepte les pions, toutes les pièces ont visage humain : des évêques pour représenter les fous, des cavaliers, des rois et des reines.

Mais la pièce majeure de ce jeu d’échec reste la tour, représentée par un Berserk. Le soldat est sculpté avec un regard fou, mordant son bouclier.

Le berserk est le combattant viking ultime, en proie à la fureur d’Óðin, ou "Berserkergang". Cette folie les rendait insensibles à la peur et aux blessures. Les berserks combattaient d’ailleurs sans aucune protection.

Ces guerriers-fauves, ordinaires, voire stupides dans leur état normal, pouvaient entrer en transe et accomplir des faits extraordinaires : combattre avec une force surhumaine, apparentée à l’ours ou au loup, marcher sur des braises, mordre dans leur bouclier (d’où la représentation de la pièce de l’échec). Ces guerriers étaient entourés d’un grand prestige, et certains d’entre eux sont devenus légendaires.

L’Ynglinga Saga parle de ces guerriers en ces termes : "Ses hommes à lui [ceux d'Óðin] allaient de l’avant sans armure, enragés comme des chiens ou des loups, mordant leur bouclier, forts comme des ours ou des taureaux, et tuant les gens en un coup, mais eux, ni fer ni feu ne les navraient. Ils étaient appelés berserkir". Certaines sagas prêtent également aux berserks des qualités "Óðinique", à savoir la possibilité de se transformer en oiseau, en poisson, en loup ou en ours, comme le dieu Óðin.

La fin de leur Berserkergang en revanche laisse ces guerriers sans force, et sans défense. Totalement vulnérables. Le seul moyen de tuer un berserk est d’ailleurs de profiter de cet état post-transe, ce que fit Beowulf pour se débarrasser de Grendel selon la Saga de Beowulf.

Aujourd’hui, peu d’informations sont disponibles sur ces Berserks. Une grande interrogation subsiste : comment devenait-on un berserk ? Certains historiens contemporains avancent l’usage de drogues, notamment de champignons hallucinogènes, ou d’alcool, pour expliquer l’état de transe. Des crises d’épilepsie, ou d’hystérie, des maladies mentales ou des défauts génétiques pourraient également être à l’origine du phénomène.

En 1015, les berserks ont été proscrits par le roi Erik, notamment car leur magie Óðinique n’était plus acceptée dans un monde scandinave chrétien. À la fin du XIème siècle, les berserks ont disparus.


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