Les Vikings



Vers l'an 800, l'Europe est confrontée à une terreur qu'elle n'a plus connu depuis bien longtemps. Des raids éclairs de peuples dits "barbares", souvent contre des édifices religieux ou des civils sans défense. En l'espace de quelques décennies, le viking devient un mythe : un guerrier assoiffé de sang, surgi de nulle part qui repart aussitôt après avoir semé mort et désolation.

C'est la vision européenne de l'époque. Qu'en est-il réellement ? Le viking boit-il le sang de ses victimes dans une corne ou dans le crâne de ses mêmes victimes ? Est-il ce barbare puissant et diabolique, cruel et sans pitié ? Ou est-ce lui la victime d'une propagande d'époque ? Éclaircissements.

Sommaire

Raids et conquêtes

Le guerrier viking

L'Islande des vikings

Les grands aventuriers

Le bateau-tombe



Raids et conquêtes



Les premiers raids vikings

793. Une abbaye est mise à sac. Lindisfarne. Une petite île située non loin de la côte anglaise, en Northumbrie. L'abbaye est isolée, il n'y a rien pour la protéger. Une proie facile repérée par des marchands scandinaves.

Ce raid, raconté par l'un des moines survivants, est la plus ancienne connue, sans doute la première, des attaques vikings en Europe occidentale. Les années passent et les raids s'intensifient.

Les vikings, d'honnêtes marchands venus vendre leur marchandises en Europe, se rendent vite compte qu'il est plus facile de voler les populations que de marchander avec elles. D'autant plus que l'Europe, unifiée par Charlemagne, est en paix. Les défenses, serrées en temps de guerre, se sont relâchées.

Les vikings développent alors leurs techniques de raids, ceux qu'on appelle les strandhögg. Le principe est simple : une première phase d'espionnage et une seconde d'attaque. Ils débarquent, pillent, incendient et partent. Les victimes n'ont pas le temps de réagir. Aucune résistance n'est opposée aux assaillants.

Lors de ces attaques, les vikings sont généralement peu nombreux, une cinquantaine tout au plus. Piètres guerriers en bataille rangée, ils fuient à la moindre difficulté. Ils sont conscients de cette faiblesse et mettent en place une véritable guerre psychologique. Avec leur grande expérience de commerçant et grâce à leurs réseaux, ils connaissent les moments les plus propices à une attaque : une fête religieuse ou un jour de grande foire par exemple. …

Ils savent également les légendes que le clergé est en train de bâtir. Loin de démentir, la propagande sur leur côté sanguinaire arrange leurs affaires. Les villageois, terrorisés, préfèrent fuir, laissant tous leurs biens aux vikings, plutôt que de combattre.

De raids en sièges

Après cinquante ans de raids, la résistance de l'Europe est toujours nulle face aux vikings. Ils s'organisent alors en bandes armées, gérant des flottes conséquentes. Très loin de l'image véhiculée par les clercs occidentaux faite de mers couvertes de centaines de bateaux viking. Alors que certains continuent leur politique de pillage éclair, d'autres tentent d'organiser des sièges. Paris est l'un des buts vikings, mais la ville n'en est pas à son coup d'essai. Elle résiste.

Pour autant, les vikings sont de mieux en mieux organisés. Les royaumes Franc et Anglais payent des tributs importants afin d'éviter les pillages. D'autres régions vont à leur tour être visitées par ces guerriers du nord : l'Espagne, le sud de la France, l'Italie et même Miklagarðr (Constantinople).

Lassé par les attaques et rebelle face aux tributs, le royaume franc commence à organiser une défense sur ses côtes. Fortifications et remparts se construisent. Pour la première fois, les vikings rencontrent une résistance. Contraints, ils déportent peu à peu leurs attaques vers l'Angleterre. La "grande armée danoise" y remporte de grands succès. Elle conquiert une partie du royaume appelée par la suite le Danelaw, territoire où s'applique la "loi des danois". Seul le Wessex résiste à la colonisation. Après des années de lutte, l'Angleterre parvient à reconquérir le Danelaw et à unifier le pays sous sa bannière.

En France, la politique diffère largement de celle de l'Angleterre. Le roi Charles III le Simple préfère négocier avec les vikings et notamment leur chef Rollon (Hrólfr en islandais). Par le traité de Saint-Clair-sur-Epte établi en 911, Charles leur donne une terre : entre Epte et la mer, elle correspond à peu près à la Haute-Normandie actuelle. Rollon est fait comte de Rouen.

En échange, il jure fidélité au roi, se fait baptiser et assure la paix aux terres franques intérieures. Rollon respecte le traité et est à l'origine du duché de Normandie. En l'espace de quelques générations, les vikings sont assimilés à la population.

Vers l'est

Pendant que les danois et les norvégiens tracent leur route vers l'Europe occidentale et du nord, les Suédois explorent les contrées de l'Est, notamment la future Russie.

Un siècle avant les premiers raids à l'ouest, les vikings suédois, appelés Varègues, entretiennent des relations marchandes très étroites avec les peuples de Finlande. Attirés par de nouvelles ressources, ils poussent leurs bateaux au-delà.

Comme à l'ouest, les vikings se lancent dans des pillages. Comme à l'ouest, ils se sédentarisent peu à peu. Les tribus slaves locales les appellent les Rus, mot finnois désignant les suédois. Les historiens divergent toujours aujourd'hui sur l'influence de ce terme sur la fondation de la Russie.

Ces Rus font de Kiev et Novgorod deux grands centres commerciaux et économiques, avant de descendre encore plus au sud et d'atteindre Constantinople.

En 862, l'un de ces Rus devient le premier prince de Novgorod. Fils de Haffdarne, un viking suédois, Rurik, est appelé par les populations slaves pour mettre fin à leur division interne. Là encore, les historiens ne sont pas d'accord sur la véracité de cette affirmation. Sa dynastie, les Riourikides, règnera sur les principales villes ukrainiennes et russes jusqu'en 1598, notamment sur Kiev devenue une plaque tournante entre la Russie du Nord et l'empire Byzantin.

Oleg, le successeur de Rurik, consolide l'état naissant. Il investit notamment dans une impressionnante flotte en vue de gagner la capitale byzantine, Constantinople. Arrivé à proximité de la ville, Oleg est stoppé par une chaîne montagneuse. Par ruse, il équipe les bateaux de roues et les hisse sur le terre ferme. Les Byzantins n'ont pas souhaité combattre, établissant immédiatement un traité de paix (rédigé en 907, ratifié en 911). Des accords commerciaux sont mis en place et un lourd tribut est offert à Oleg et aux Varègues.

À la suite de ces accords, l'empereur Léon VI le Sage négocie avec les Varègues l'arrivée de quelques mercenaires pour se protéger. Des scandinaves intègrent l'armée byzantine. Par extension, le terme "Varègue" finit par désigner la garde rapprochée du Basileus, le roi de Constantinople. Une sorte d'armée dédiée à la protection du souverain, au départ aux effectifs entièrement scandinaves. Leur principal fait d'arme : avoir défendu Constantinople lors de la IVème croisade. Le plus célèbre d'entre eux, le Roi Harald III de Norvège, surnommé "le dernier des Vikings", sert la capitale byzantine de 1035 à 1043. Il participe à 18 batailles.

En 1204, après la prise de la ville, la garde Varègue est dissoute.

Les dernières conquêtes

Vers 980, après la reconquête du Danelaw par les Anglais, les vikings reprennent les raids contre l'Angleterre. Ils profitent de la faiblesse du roi Æthelred II et de la période de paix qui règne sur la région. Le Trent et le Sussex sont ravagés, Londres attaquée. Æthelred repousse à chaque fois les attaques en payant de lourds tributs, notamment au roi norvégien Óláfr Tryggvason. Ce dernier traite avec le roi anglais et accepte de rentrer en Norvège. Il y instaure le christianisme. Mais les raids continuent. Æthelred ordonne alors le massacre des danois installés depuis longtemps en Angleterre. Le 13 novembre 1002, le massacre de la Saint-Brice a lieu. La sœur de Svein Ier du Danemark est tuée.

Par vengeance, Svein Tjúguskegg tente de conquérir le royaume anglais. Il défait le roi Æthelred qui fuit en normandie. Svein devient le nouveau roi d'Angleterre. Nous sommes en 1013. Avant cela, le roi danois avait profité de la mort d'Óláfr pour annexer le sud de la Norvège et devenir suzerain du pays. Norvège et Danemark sont unifiés.

Cinq semaines après sa prise de pouvoir, Sveinn meurt. Æthelred est rappelé au gouvernement de son pays. Le fils de Svein, Knútr, pourtant proclamé roi à la mort de son père est chassé.

Il faut attendre deux ans pour que Knútr récupère son royaume (1016). Æthelred mort, son fils Edmund négocie le partage du royaume avec Knútr. Knútr le Grand est en train de fonder son royaume. Avec le contrôle de l'Angleterre et du Danemark, il conquiert la Norvège, les Orcades et le Winchester. Ce royaume se délitera après sa mort en 1035.

L'Angleterre fait alors face aux derniers assauts scandinaves, peu glorieux. Tout s'achève face à l'armée normande de Guillaume le Conquérant en 1069. Cette période marque la fin de l'ère viking.


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Le guerrier viking



L'image est tenace : un guerrier au casque à pointe, peau de bête, tenant un crâne humain dans la main pour boire. L'imaginaire collectif du guerrier viking. Le stéréotype déformé d'Astérix a fait bien du mal à ce guerrier. Car le viking est loin d'être cette bête sauvage assoiffée de sang.

En réalité, le viking n'est guerrier que durant les beaux jours, lorsque la glace se retire pour laisser place aux bateaux. Durant l'hiver, le guerrier redevient fermier, avec une famille à nourrir.

La mythologie nordique donne confiance aux guerriers vikings. En mourant dignement au combat, ils accèdent au Vallahla, paradis où les Walkyries les attendant pour un au-delà parfait. De ce fait, les peuples du nord n'ont pas peur de mourir au combat. De plus, pour eux, chaque destin est écrit.


L'équipement

Aucun guerrier viking n'a combattu avec le fameux casque à corne. Ce casque a bien existé mais il servait aux cérémonials scandinaves bien avant la prédominance viking. Le casque de combat est similaire à ceux portés par les Francs ou les Anglais au même moment, une protection nasale en plus. Mais il est réservé aux plus riches. De même que la côte de maille. Les plus pauvres doivent se contenter d'un justaucorps et d'un bonnet en cuir durci.

Le bouclier est rond, en bois, renforcé de fer, d'environ un mètre de diamètre. Il est peint de couleurs vives afin de cacher à l'adversaire ses points faibles, là où il pourra frapper pour fêler le bouclier sans difficulté.

Les armes varient selon l'origine géographique. L'épée, de bien moins bonne qualité que l'épée franque, est prisée par les Norvégiens et les Danois. En Islande, c'est différent. L'épée est quasiment bannie de l'île, notamment à cause de l'absence de matières premières (fer). Les épées existantes sont de si mauvaises factures qu'elles se tordent sous les coups de l'adversaires. Totalement inutiles en combat. C'est pourquoi, l'Islandais lui préférera la hache. En Suède, les guerriers utilisent plus volontiers la lance : un fer de 60 cm de long et 2-3 mètres de manche.

Certaines idées reçues prêtent le succès des attaques viking à la supériorité de leur armement. Il n'en est rien. L'équipement viking est en tout point semblable à celui de ses adversaires.


La tactique

Les batailles se sont jouées sur le plan tactique. Les vikings connaissent très bien leurs adversaires. Ils les ont fréquenté en tant que marchands pendant des décennies. Du coup, ils savent quand et où attaquer : un point sans défense, le plus souvent un jour de grand événement où la sécurité est plus faible. Le bateau viking, le knörr (Drakkar étant une invention française du XIXème siècle), à faible tirant d'eau et très maniable permet aux vikings de remonter les fleuves et d'attaquer l'intérieur des terres très rapidement. C'est le point fort des guerriers. La confusion résultant de ces attaques éclairs sert ensuite aux guerriers pour continuer le pillage plus à l'intérieur des terres.

En cas de résistance, le combat est rarement engagé. Les vikings n'aiment pas les batailles rangées. Les rares fois où ils s'y sont risqués, l'issue n'a pas été favorable. Quand aux combats sur mer, ils se résument le plus souvent à un abordage et un combat au corps à corps sur les ponts des bateaux.

Il n'existe pas d'armée viking au sens propre du terme. Les scandinaves n'étaient pas assez nombreux pour former de véritables armées. D'ailleurs, ils n'avaient pas assez de bateaux pour transporter tous les soldats. Les images transmises par les clercs décrivant des mers couvertes de voiles viking ne sont que d'énormes exagérations, de la propagande.

Lors d'un raid, tous les vikings participent aux frais de l'expédition. Avec, bien sûr, l'espoir de revenir bien plus riches des terres de l'ouest.


Le Berserker

En 1831, dans les Hébrides sur une plage de l'île de Lewis, un jeu d'échec a été découvert. 78 pièces, sculptées dans l'ivoire de morse et de dents de baleine. Les spécialistes ont longtemps pensé que ces pièces étaient de facture islandaise. Aujourd'hui, la plupart pense plutôt qu'elles auraient été fabriquées par un artisan norvégien de Trondheim au XIIème siècle.

Si l'on excepte les pions, toutes les pièces ont visage humain : des évêques pour représenter les fous, des cavaliers, des rois et des reines.

La pièce majeure de ce jeu d'échec reste la tour, représentant un Berserk. Le soldat est sculpté avec un regard fou, mordant son bouclier.

Le berserk est le combattant viking ultime, en proie à la fureur d'Óðin, ou "Berserkergang". Cette folie les rend insensibles à la peur et aux blessures. Les berserks combattent d'ailleurs sans aucune protection.

Ces guerriers-fauves, ordinaires dans leur état normal, entrent en transe au moment des combats et accomplissent des faits extraordinaires. Dotés d'une force surhumaine, apparentée à celle de l'ours ou du loup, ils peuvent marcher sur des braises. Confirmant leur volonté inébranlable au combat, ils sont souvent figurés en train de mordre leur bouclier. Ces guerriers sont entourés d'un grand prestige, certains d'entre eux sont devenus légendaires.

L'Ynglinga Saga parle de ces guerriers : "Ses hommes à lui [ceux d'Óðin] allaient de l'avant sans armure, enragés comme des chiens ou des loups, mordant leur bouclier, forts comme des ours ou des taureaux, et tuant les gens en un coup, mais eux, ni fer ni feu ne les navraient. Ils étaient appelés berserkir". Certaines sagas prêtent également aux berserks des qualités "odiniques", à savoir la possibilité de se transformer en oiseau, en poisson, en loup ou en ours, tout comme leur dieu.

en revanche, lorsque prend fin la transe, leur Berserkergang, ces guerriers sont vulnérables, sans force ni défense. Le seul moyen de tuer un berserk est d'ailleurs de profiter de cet état post-transe. C'est ce que fit Beowulf pour se débarrasser de Grendel selon la Saga de Beowulf.

Aujourd'hui, peu d'informations sont disponibles sur ces Berserks. Une grande interrogation subsiste : comment devenait-on un berserk ? Certains historiens contemporains avancent l'usage de drogues, notamment de champignons hallucinogènes, ou d'alcool, pour expliquer l'état de transe. Des crises d'épilepsie, ou d'hystérie, des maladies mentales ou des défauts génétiques pourraient également être à l'origine du phénomène.

Quoi qu'il en soit, en 1015, les berserks sont proscrits par le roi norvégien Eríkr. La magie odinique n'est plus acceptée dans un monde scandinave devenu chrétien. À la fin du XIème siècle, les berserks disparaissent pour devenir légende.


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L'Islande des vikings



Article en cours.



Les grands aventuriers



Sans eux, l'Islande n'existerait tout simplement pas. Ils l'ont colonisé, valorisé, lui ont donné une histoire, une grandeur, un prestige. Des fjord de Norvège aux forêts du Vinland, quelques hommes et femmes sont devenus les plus grands aventuriers de leurs temps.


Ingólfur Arnason

Ingólfur, fils d'Árna est le premier colon islandais. En 874, il quitte sa Norvège natale après une querelle avec un jarl puissant. Accompagné d'un ami, Hjörleifrur Hróðmarsson, il part à la recherche de cette île au nord, encore inhabitée, dont il a entendu parler.

Arrivé en vue de l'Islande, il jette les montants de son haut-siège, comme le veut la tradition. Là où les montants s'échoueront, il fondera sa ferme. Ce sera à l'ouest de l'île, un endroit qu'il nomme Reykjavík, la baie qui fume, référence aux fumerolles omniprésentes. Ingólfur devient le premier scandinave à s'installer de façon permanente en Islande.


Aude la Sagace (v 775-830)

Aude la Sagace (Auður en islandais) est presque un mythe en Islande. Chef de clan, aventurière, puis colonisatrice, Aude la Sagace a laissé derrière elle des traces indélébiles en Irlande, aux Shetlands, aux Féroé et en Islande.

Son père, Ketill au nez plat, Jarl de Bergen, quitte la Norvège après l'unification faite par Haraldr à la Belle chevelure. Aude a alors 35 ans. Elle est mariée au guerrier Olaf le Grand. Débute pour elle une vie d'errance.

Première étape de son périple, Dubh-linn. Les Vikings Blancs, les norvégiens menés par Olaf, terrassent les Noirs, les danois, qui tenaient jusque là la petite ville celte. Olaf devient le premier roi de Dubh-Linn, et va, avec l'aide d'Aude transformer ce minuscule port de pêche en un carrefour commercial de premier ordre. Olaf meurt étouffé lors d'un banquet. Aude décide alors de laisser le pouvoir à son beau-frère et de quitter l'Irlande pour rejoindre son père.

peu de temps après l'arrivée de sa fille, Ketill, devenu Roi des Hébrides, meurt. Elle reprend alors la mer direction l'Écosse où l'attend son fils, Þórrsteinn Le Rouge. Il a conquis une partie de l'Écosse et y règne par la terreur. Þórrsteinn est finalement tué par les Écossais. Aude doit partir en cachette, emmenant avec elle ce qui reste du clan de Þórrsteinn.

Elle fait voile vers le nord, s'arrête aux Orcades, aux Shetlands et aux Féroé. À chaque étape, elle laisse derrière elle une fille de sa famille, mariée le plus souvent au plus puissant de l'île. Aux Iles Feroé, la descendance de Aude la Sagace a créé le clan des Gens de Gata, la plus illustre des familles féroïennes.

Enfin, Aude arrive en Islande. Dans l'ouest de l'île. Aude est la première femme colon. Elle établit ses terres (45000 hectares) selon la tradition et en distribue une partie à ses compagnons de voyage. Aude la chrétienne réussit également à implanter la religion du Blanc Christ en Islande. Sa sagesse est louée par tous. Les descendants du clan d'Aude la Sagace bénéficient tous d'un prestige immense. Parmi eux, Karlsefni, qui tentera par la suite de coloniser le Vinland, et Snorri Sturluson. Aude elle-même est citée dans nombre de Sagas, mais jamais en tant que personnage principal.


Erík le Rouge (v 940-1010)

Fils d'un banni Norvégien, Erík Þorvaldsson, surnommé le Rouge (Eiríkr Rauði en norrois) à cause de sa chevelure rousse, arrive dans le nord-ouest de l'Islande à l'âge de 15 ans, vers 955. Il s'installe dans une ferme dans le rude nord islandais, où il épouse Þjóðhildur. Désormais bondi, Erík fonde une famille : trois fils légitimes et une fille illégitime.

Mais l'histoire se répète. Tout comme son père, Erík Le Rouge est banni d'Islande pour meurtre. Avec son clan, il prend alors la direction d'une terre plus au nord, avec pour seule indication un rocher aperçu à l'ouest par un navigateur islandais quelques années auparavant.

Après quatre jours de navigation, Erík Le Rouge trouve cette terre et débarque sur son flanc ouest en 982. Il y découvre un espace vierge, qu'il nomme Groenland, le "pays vert", dans l'espoir d'attirer d'autres colons. Erík décide d'y fonder une colonie. Il retourne en Islande où il monte une expédition de colonisation. À la tête d'une flotte de 25 bateaux, il quitte l'île en 986. 11 bateaux seulement arriveront au Groenland. Mais l'île compte désormais une première colonie d'environ 400 vikings.

Une colonisation qui se révèle être un échec. Les colons ne sont pas autonomes et dépendent étroitement des relations commerciales avec l'Europe. L'Europe qui se désintéresse de plus en plus de ces quelques colons perdus sur un bout de rocher envahi par les glaces. Au XIVème siècle, les scandinaves disparaissent du sol groenlandais, esseulés, certainement victimes de la famine et des batailles avec les Inuits.


Leifr Eríksson (v970-1020), Þorvaldr, Þorsteinn, Freydis

Leifr est le fils d'Erík le Rouge. S'il passe ses très jeunes années en Islande, il vit la majorité de sa vie au Groenland. D'esprit aussi aventurier que son père, Leifr est épris de voyages. Vers l'an 1000, après avoir eu vent de rumeurs de contrées inexplorées à l'ouest, il prend la mer. Il découvre de nouvelles terres, nommées Helluland (le nord du Labrador), Markland (le sud du Labrador) et Vinland (entre la Nouvelle-Angleterre et Terre-Neuve). Leifr Eríksson vient tout simplement de découvrir l'Amérique, près de cinq siècles avant Christophe Colomb. Leifr passe l'hiver au Vinland et explore à peine la contrée, avant de rentrer au Groenland. Une autre mission l'attend : Leifr l'aventurier doit remplacer son père à la tête du Groenland. Il y reste jusqu'à sa mort.

Son frère Þorvaldr décide donc de partir à sa place tenter l'aventure au Vinland. Le fils ainé d'Erík Le Rouge trouve les baraquements de Leifr, s'y installe et décide de partir explorer plus profondément le pays. Mais les skrælings, les autochtones, se révèlent hostiles. Þorvaldr meurt lors d'un affrontement entre ses hommes et les "indiens".

Le plus jeune des frères, Þorstein, décide de prolonger l'aventure familiale et monte à son tour une expédition pour le Vinland. Il n'a pas encore quitté le Groenland que tout son équipage meurt d'une épidémie.

Freydis, la fille illégitime est la dernière du clan à partir, avec Karlsefni, descendant d'Aude la Sagace. Cette fois, les aventuriers veulent coloniser le Vinland. Ils y restent trois ans, avant de repartir au Groenland, découragés par les tensions avec les skrælings. Plus aucun Viking ne se rendra au Vinland, terre vierge et fertile, mais ô combien dangereuse.


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Le bateau-tombe



La découverte est historique. À 10km au sud de Húsavík se trouve une ferme abandonnée, Litlu-Núpar, coincée entre la rivière Laxa et une colline. Les ruines sont très anciennes, mais des bas de murs restent encore visibles. Les scientifiques pensent que cette ferme a été construite à l'époque de la colonisation, au IXème siècle, et habitée depuis, jusqu'à son abandon.

En 2004, des archéologues repèrent des tombes païennes aux alentours de Litlu-Núpar. En 2008, ils commencent à creuser pour mettre à jour ces tombes et leurs secrets. Dès leurs premiers coups de pelle, le trésor s'est révélé.

Un squelette, puis des objets en fer, clous et rivets. Une fois un trou conséquent créé, les scientifiques ont pu apprécier l'ampleur de la découverte : un bateau-tombe. Le premier découvert en Islande depuis près de 40 ans. Malheureusement, le bateau en bois s'est très mal conservé dans la terre. La plupart des planches a disparu, rongée par le temps.

Mais tous les clous, rivets et morceaux de fer qui liaient le bateau à l'origine sont bien là, témoins d'une époque perdue. Au cœur de l'embarcation, trois squelettes humains ont également été mis à jour, deux hommes et une femme. Auprès d'eux, deux cloches. Un artefact assez rare en Islande.

Le bateau original mesurait 6,5 mètres en longueur, 1,15 en largeur.

Juste à côté, dans une autre excavation, les scientifiques ont retrouvé une broche d'ornement décorée, d'origine nord-baltique, peut-être achetée sur des marchés suédois avant de se retrouver en Islande.

D'autres tombes mineures ont également été mises à jour. L'une a semble-t-il été pillée. Le squelette a disparu, une autre contient les restes d'un cheval, une troisième une mâchoire de chien.

Pour l'instant, les scientifiques restent circonspects et ne s'expliquent pas ces tombes dans un endroit aussi reculé que Litlu-Núpar. Ils sont en revanche certains que le tout date de l'époque des Vikings, aux alentours de l'an mil.

Désormais, la recherche archéologique bat son plein en Islande. Un autre bateau a été découvert à Hringsdalur, dans l'ouest, en août 2008. 12 à 15 tombes ont également été découvertes à Ingirídarstadir, à 20km de Litlu-Núpar.




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Sources



Les scandinaves, Maurice Gravier, Éditions Lidis-Brepols, 1984.

L'Islande des vikings, Jesse Boyck, Aubier, 2007.

La vie quotidienne des vikings, Régis Boyer, Hachette, 1992.

Les Vikings, roi des mers, Yves Cohat, Découvertes Gallimard, 1987.

Les Celtes, les Germains et les Vikings, Roberta Gianada, Hazan, 2008.

L'épopée viking, Robert Wernick, Éditions Time-Life, 1980.

Les aventuriers du Nord, Thomas Froncek, Éditions Time-Life, 1979.

Les vikings, Idées reçues, Régis Boyer, Le cavalier bleu, 2002.

Les miniatures islandaises, Jónas Kristjánsson (trad. Régis Boyer), Renaisance du Livre, 2003.

Les Vikings, des écumeurs venus du Nord, Collectif, Grande civilisation du passé, 1994.

Historical Atlas of the Viking World, Angus Konstam, Mercury Books London, 2005.

Les Vikings, Régis Boyer, Perrin, 2004.

Atlas des vikings, 789-1100, John Haywood, Autrement, 1996.

Les Vikings en France, Jean Renaud, Ouest-France, 2000.

Paroles de sagesse viking, Albin Michel, 2001.

Il y a mille ans... Eric le Rouge, Pierre Carnac, GNGL Productions, 1999.

Vikings, Dorling Kindersley, 2002.

Historia spécial, Vikings, angles et saxons, Mars-Avril 1992.

Toutes les sources du site Toute l'Islande ici.




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