Mythologie Islandaise



La mythologie scandinave est bercée par une multitude de Dieux et Déesses, bon, mauvais ou les deux à la fois. Þórr, Óðin ou Loki, figures emblématiques et connues. Freyja, Fenrir ou Sleipnir, moins connus mais au rôle capital. Leur monde et l'humanité sont créés à partir du meurtre d'un géant, dont Yggdrasil, l'arbre cosmique, est le centre.

Les hommes vivent dans le respect et la crainte de leurs dieux. Très hiérarchisé, l'univers se divise en neuf territoires où chacun a sa place : les hommes, les géants, les nains, etc. Tous attendent le Ragnarök, la bataille finale.

Sommaire

Yggdrasil

Les Dieux

Les créatures merveilleuses

Les légendes

Le Ragnarök



Yggdrasil



Rarement mythologie n'aura autant déchaîné passion et imagination que la religion des vikings. L'univers mythique d'Yggdrasil est à la base de la littérature fantastique de Tolkien et consorts. Les mondes s'articulent autour de l'arbre mythique Yggdrassil, forment un ensemble fantastique et complexe, dominé par la figure d'Óðin, le Dieu des dieux, et destiné à être détruit durant le Ragnarök.


Le mythe de la création

À l'origine, rien. Le vide (ginnungagap), le chaos. Juste le feu (muspellsheimr) et la glace (nilfheirm). Le chaud et le froid vont se rapprocher pour finalement entrer en contact. De ce choc thermique naît un géant hermaphrodite, Ymir. Ymir a un fils, Buri, qui eut à son tour un fils, Borr.

Le monde n'existe pas encore. Mais les trois fils géants de Borr, Óðin, Vili et Vé, tuent Ymir, et de son corps créent le monde. Son sang devient la mer, son crane forme la voûte céleste, ses poumons deviennent nuages, ses os les montagnes, ses cheveux les arbres. Les trois géants sculptent également le premier homme (appelé Ask ou frêne) et la première femme (appelée Embla ou orme) à partir de deux bûches trouvées sur le rivage de la mer primitive. c'est le début de l'humanité.


Le monde

Le monde créé, les Dieux vont l'organiser autour de Yggdrassil, l'arbre cosmique, le pilier du monde.

Les Dieux créent d'abord Midgard (Miðgarðr), la terre des hommes, la terre du milieu. Elle est cernée par cette immense mer dans laquelle se trouve un serpent monstrueux se mordant la queue, Jörmungandr. C'est lui qui assure par son étreinte la cohésion du monde. Lorsqu'il la relâchera, le Ragnarök commencera.

Sur l'autre rive de la mer, les Dieux ont isolé les géants, à Utgard, un monde froid et hostile, ainsi que les nains, ou elfes noirs, dans Svartalfheim.

Au nord, dans les profondeurs de la terre, se trouvent Helheim, le royaume de Hel, royaume des morts, Muspeilheim le royaume des géants, et Niflheim le royaume du froid et de la glace.

Enfin, les Dieux peuvent penser à eux. Tout en haut d'Yggdrassil, ils créent Alfheim, la terre des elfes blancs, puis Vanaheim, le royaume des Dieux vanes et enfin Ásgard, le royaume des Dieux ases. D'Ásgard, les Dieux, et Óðin en particulier, dominent le monde et peuvent tout observer.

Pour relier Ásgard et Midgard, les Dieux créent un pont arc-en-ciel, Bifröst, gardé par Heimdall.

Sous les racines d'Yggdrassil coulent également des sources. La source de la connaissance protégée par le géant Mimir le Sage. La source du destin protégée par les trois nornes.

Bien sûr, il est difficile de maintenir la paix entre ces neufs mondes, et régulièrement, des guerres éclatent.



Les Dieux



Il existe deux catégories de Dieux scandinaves, les Vanes, les plus anciens, hérités sans doute d'une religion indo-européenne antérieure, et les Ases. L'opposition entre ces deux familles, qui ira jusqu'à la guerre, symbolise le fossé entre la paysannerie des Vanes et l'aristocratie des Ases. Leur réconciliation est gage d'unité.


Óðin ou Wotan

Le Dieu des dieux. Vénéré et craint. À la fois Dieu de la magie, du savoir, de la guérison et de la guerre. C'est lui également qui décide qui doit vivre ou mourir sur le champ de bataille.

Óðin vit à Ásgard, et observe le monde depuis son trône. Ses deux corbeaux, Huginn et Muginn, parcourent le monde et viennent lui chuchoter à l'oreille ce qu'ils ont vu. Difficile d'échapper à l'omniscience du Dieu aux 1000 surnoms.

Óðin est surtout prêt à tout pour arriver à ses fins, aux pires fourberies comme aux pires sacrifices.

Pour acquérir la science des runes, il passe neuf jours suspendu la tête en bas à Yggdrassil, transpercé par sa propre lance. Pour boire au puits de la connaissance gardé par Mimir, il accepte de perdre un œil. Óðin est d'ailleurs toujours représenté borgne.

Pour réussir à voler l'hydromel, source de poésie, il n'hésite pas en revanche à se transformer en serpent puis en aigle après avoir séduit la gardienne Gunnlöd. Óðin put boire l'hydromel puis le vola pour l'emmener à Ásgard l'offrir aux Dieux. Une histoire parmi tant d'autres qui illustrent la ruse du père des Dieux.


Þórr (Thor)

Fils d'Óðin, Þórr est en revanche apprécié unanimement. Son courage, sa force et sa loyauté sont louées par les anciens scandinaves. Il est là pour protéger les hommes. Sa popularité est d'ailleurs démontrée par la composition de nombre de nom scandinaves, qui commencent par "Þórr".

Þórr est également le Dieux des éclairs. Durant les orages, il traverse le ciel sur son char tiré par deux boucs, et en faisant tourner son marteau Mjöllnir, il crée les éclairs. Mjöllnir est le principal attribut de Þórr. Tellement lourd qu'il lui faut une ceinture de force pour le porter, le marteau est continuellement porté au fer rouge, et Þórr doit mettre des gants pour s'en servir. Mais une fois lancé, Mjöllnir ne rate jamais sa cible, et revient automatiquement dans la main de son propriétaire.

Le compagnon de route de Þórr est souvent Loki, son meilleur ennemi.


Freyr et Freyja


Freyr et Freyja, jumeaux, sont les dieux les plus invoqués de la mythologie, car ils sont ceux de la fécondité. Freyr est le dieu du soleil et de la pluie, patron des moissons, Freyja déesse de la fertilité et de l'amour.

Freyr possède un sanglier d'or, conçu par les nains, et un bateau magique, à la fois capable de traverser ciel, terre et mer en transportant l'intégralité de l'armée de Óðin, et si petit qu'il peut se ranger dans une poche.

Freyr et Freyja sont des dieux Vanes.

Loki

Le plus fourbe de tous les dieux. Loki est de tous les mauvais coups. Il est souvent associé à la magie. Il peut changer de forme et se transformer en animal.

Loki est un Dieu Ase. Il a trois enfants avec la géante Angrboda : Fenrir, le loup géant, Hel, la déesse des morts, et Jörmungandr, le serpent de Midgard.

La personnalité de Loki est complexe. Il peut tout aussi bien jouer de mauvais tours aux dieux que leur venir en aide.

Mais la dernière farce de Loki le condamnera : en manipulant le Dieu aveugle Höðr, il tue Baldr, le plus beau et le plus aimé de tous les Dieux. Puis il empêche sa résurrection. Cette fois, les Dieux sont vraiment fâchés. Ils condamnent Loki à être enchaîné à une pierre dans une grotte. Sur sa tête coule goutte par goutte de l'acide. À chaque goutte qu'il reçoit, Loki trésaille si violemment qu'il crée les tremblements de terre.


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Les créatures merveilleuses



Les mythes nordiques sont jalonnés de créatures fantastiques qui toutes ont un rôle à jouer dans le monde. Certaines sont bénéfiques, la plupart malveillantes.


Fenrir

Fils de Loki, Fenrir est un loup. Les Dieux l'acceptent parmi eux dans un premier temps. Mais au fur et à mesure qu'il grandit, Fenrir prend des proportions gigantesques, à tel point que les Dieux prennent peur et décident de l'enfermer. La tâche n'est pas simple, ils usent de toute leur ruse pour arriver à leurs fins.

Les Dieux lui lancent un défi : qu'il se laisse attacher pour prouver sa force en brisant ses liens. Sans aucune difficulté, le loup brisa les premiers liens. Les Dieux eurent alors l'idée de demander aux nains une attache incassable, réalisée à partir d'ingrédients introuvables (le bruit de pas d'un chat, la barbe d'une femme, les racines d'une montagne, les tendons d'un ours, le souffle d'un poisson et la salive d'un oiseau). Mais cette fois Fenrir se méfie. Il accepte le défi à condition qu'un Dieu mette sa main dans sa gueule. Seul Tyr a le courage d'accepter. Fenrir ne parvient pas à briser le lien. Tyr perd sa main droite.

Le loup est désormais inoffensif. Il ne se libèrera de sa chaîne qu'au moment du Ragnarök. Lors de la bataille, Fenrir parvient à tuer le Dieu des Dieux, Óðin. Viðarr, le fils d'Óðin, venge immédiatement son père, en transperçant le coeur du loup de son épée et en arrachant sa mâchoire grâce à sa chaussure magique.


Jörmungandr

Également fils de Loki, ce serpent monstrueux entoure Midgard.

Þórr décide un jour d'aller tuer le reptile marin. Déguisé en jeune homme, il part à la pêche avec le géant Hymir. Il s'éloigne des côtes puis lance sa ligne avec comme appât une tête de taureau. Jörmungandr mord alors à la ligne. Commence une véritable lutte entre le Dieu et le serpent. Þórr réussit finalement à remonter Jörmungandr à bord de la barque, mais Hymir prend peur et coupe la ligne. De rage, et dans un geste désespéré, Þórr lance son marteau dans l'eau. Le serpent s'en sort et continue à errer dans les mers qui entourent le monde.

Þórr et Jörmungandr se retrouveront au Ragnarök. Cette fois, le Dieu parvient à ses fins et tue le serpent. Mais ce dernier a le temps de l'empoisonner avec son venin. Þórr s'effondre également.


Sleipnir

Ce cheval à 8 pattes est la monture d'Óðin. Il est fils de Loki et d'un étalon.

Après la guerre contre les Vanes, les Ases sont affaiblis. Ils acceptent la proposition d'un homme prêt à leur construire une forteresse en un seul semestre, en échange du soleil, de la lune et de Freyja.

Les Dieux sont en fait persuadés que l'homme échouera. Mais celui-ci est aidé par un cheval fantastique qui abat le travail de plusieurs hommes. À trois jours de la fin des travaux, Loki se transforme en jument, et va séduire le cheval, qui épuisé ne peut plus travailler. L'homme échoue. Mais surtout, Loki fécondé par le cheval, va donner naissance à un poulain à 8 pattes, Sleipnir.

Il peut se déplacer sur mer comme dans les airs. Óðin l'utilise surtout pour traverser Bifrost, le pont qui relie le monde des hommes au royaume des Dieux.


Les compagnons des Dieux

De nombreux Dieux ont des animaux fantastiques qui les accompagnent au fil de leurs pérégrinations.

Ainsi, les chèvres qui tirent le char de Þórr : le Dieu au marteau peut les tuer et les manger tous les soirs, le lendemain, les chèvres seront à nouveau sur patte. À condition ne pas toucher aux os. Quant un humain qui partage le repas divin de Þórr casse un os pour en manger la mœlle, la chèvre se réveille le lendemain en boitant.

Freyr possède lui un 'verrrat', un cochon aux soies d'or. Créé par un nain, ce 'verrat' court plus vite que n'importe quel cheval, de jour comme de nuit, dans les airs et sur la mer. Ses soies dorées sont si brillantes qu'elles illuminent la plus sombre des nuits.

Sa soeur jumelle Freyja, elle, utilise des chats pour tirer son char. Des félins qui symbolisent sa sensualité féminine.


Les Nornes

Ce sont les gardiennes du destin. Elles sont trois : Urðr (le passé), Verðandi (le présent), et Skuld (le futur). Elles représentent le décompte du temps, la fatalité de la guerre et de la mort. Elles ont élu domicile près d'une racine d'Yggdrassil, aux abords d'une source d'eau blanche.

Voilà ce qu'en dit la Völuspá :

D'ici vinrent les filles
Savantes en toutes choses,
Trois, venant de la mer,
qui s'étend sous l'arbre ;
L'une est appelée Urd,
Verdandi l'autre
- elles gravaient des bâtonnets -
La troisième est Skuld :
Elles ont fait les lois
Elles ont fixé les vies
Des fils des hommes

Les nornes représentent le destin tel qu'il est conçu par les Vikings : nul ne peut échapper à son destin. La vie est tracée, la mort programmée. C'est en partie cette croyance qui donnait aux Vikings du courage pendant le combat : s'ils devaient mourir, c'est que leur heure était venue. Ils n'avaient donc rien à craindre et pourraient rejoindre les Walkyries.


Les Alfes

Seuls les alfes blancs correspondent à la représentation de l'imaginaire collectif des "elfes", les alfes noirs étant plutôt des lutins malveillants. Bien que cette distinction soit opérée par le seul Snorri Sturluson dans l'Edda, il est possible qu'elle soit d'influence chrétienne (le bien et le mal).

Les elfes représentent le plus souvent la nature. Ce sont des semi-êtres divins associés à la fertilité. Les elfes blancs vivent à Alfheim, les elfes noirs à Svarthalfheim.

Les sources ne donnent que peu d'information sur ces alfes.


Les Nains

Les nains sont les meilleurs artisans du monde. Ils sont plus anciens que les hommes et ont été créés à partir du corps de Ymir. Ils vivent sous terre.

Les nains de la mythologie nordique ne sont pas particulièrement petits. Bien au contraire, les quatre nains chargés de soutenir la voûte céleste sont gigantesques. La plupart ont la taille d'un homme.

Les nains sont célèbres pour la qualité des objets qu'ils fabriquent. Ainsi, à plusieurs reprises, les Dieux font appel à eux. Les nains ont, par exemple, fabriqué le fil qui emprisonne Fenrir, mais aussi Mjöllnir, le marteau magique de Þórr.

Les nains Fialar et Galar ont également fabriqué l'hydromel, source de sagesse, qui rend poète quiconque le boit.


Les Géants

Les géants, ou trolls, furent les premiers êtres vivants à peupler la terre. Le géant hermaphrodite Ymir est d'ailleurs celui par qui tout a commencé. Les géants vivent à Jotunheimr, après la mer intérieure gardée par Jörmungandr. Óðin les a isolé pour protéger les humains. Et pour se protéger eux-même, car les géants sont en guerre perpétuelle contre les Dieux. Et pourtant, nombre de Dieux sont liés aux géants.

L'hydromel volé par Óðin était gardé par des géants, et notamment la géante Gunnlöð. Le fourbe Dieu la séduisit pour s'emparer du nectar de la connaissance.

Freyr, lui, tomba amoureux de Gerðr, une magnifique géante. Le Dieu veut un rendez-vous, mais la géante ne cède que sous la menace d'une terrible malédiction. Contrainte et forcée.

Autre rencontre Dieu/Géant, celle de Þórr et de Skrýmir. Þórr en voyage à Utgard fait un bout de chemin avec lui. Il va aller d'humiliations en humiliations. Pour la première fois, Þórr rencontre quelqu'un de plus puissant que lui, contre lequel il ne peut rien. Dans la réalité, Þórr est trompé par une illusion magique, destinée à protéger les Géants de de dieu néfaste.


Les Walkyries

Ce sont des guerrières vierges qui vivent avec les soldats morts, dans le Valhalla, sorte de paradis des guerriers vikings. Elles servent des bières à ceux qui sont tombés au combat. Mais leur rôle est bien plus important que cela : deux Walkyries, Gunn et Rota, descendent sur le champ de bataille récupérer les âmes des soldats choisis par Óðin pour former sa grande armée. Au moment du Ragnarök, cette armée se joindra aux Dieux pour combattre Hel.


Les Dragons

Peu présents dans les mythes nordiques, les Dragons représentent le mal. Fáfnir est le plus célèbre des dragons. D'abord humain, son père Heirdmard est tué par erreur par Loki et Óðin. Dédommagé en or par les Dieux, Fáfnir se transforme en dragon pour protéger son trésor.

Mais le frère de Fáfnir, Regin, veut récupérer cet or. Il forge une épée capable de le tuer, qu'il donne à Sigurd. Ce dernier le tue et devient Fáfnisbani, le meurtrier de Fáfnir.

Un autre dragon jouera son rôle dans le Ragnarök. Il s'agit de Nídhögg. Demeurant sous l'Yggdrasil, il ronge les racines petit à petit, tout en suçant les cadavres des parjures. À la fin de la bataille finale, il survole le champ emportant sous son aile les cadavres des combattants.


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Les légendes



Plus d'un millénaire est passé depuis l'abandon de leur religion païenne par les anciens scandinaves. Le blanc christ a progressivement effacé des traditions les rites et mythes des anciens Dieux nordiques. Óðin, Þórr, Freyja... Sans les deux Eddas, aujourd'hui, personne ne connaîtrait leur histoire, et Tolkien n'aurait vraisemblablement pas écrit "Le Seigneur des anneaux".


Les sources

Pour ce qui est des sources contemporaines, peu d'éléments restent disponibles. Quelques gravures ou sculptures, quelques objets, tels que l'amulette en forme de marteau de Þórr. Les traces sont bien maigres.

Car les mythes païens se transmettaient principalement oralement. Ils étaient contés lors des longues soirées d'hiver et transmises ainsi de génération en génération.

Après la conversion des scandinaves au catholicisme, la transmission s'est peu à peu perdue. Certes ils n'ont pas abandonné leurs Dieux du jour au lendemain, mais en l'espace d'un peu plus d'un siècle, les mythes étaient en perdition.

L'Edda poétique est le premier texte à mettre par écrit certains de ces mythes. Dans le Codex Regius, onze poèmes traitent de mythologie nordique : Þórr et le géant Þrym, Óðin suspendu à Yggdrasil pour acquérir la science des runes, les invectives de Loki, la capture du terrifiant loup Fenrir ou la fameuse Völupsá, les prophéties de la voyante qui annonce le Ragnarök.

Snorri Sturluson compléta ce texte avec son Edda en prose. Un manuel pédagogique à destination des jeunes scaldes. Si la dernière partie du livre est destinée à savoir composer un vers scaldique, les trois premières en revanche distillent des mythes nordiques de première importance, notamment l'union de Njörd et de la géante Skaði, la naissance de Sleipnir et la mort de Baldr.

Les scaldes eux-même dans leurs poèmes donnèrent quelques indications quant aux mythes nordiques. Des poèmes pour la plupart transmis oralement, puis transcrit par écrit après l'avènement du christianisme. Très complexes, ils demeurent une source d'information très riche pour qui est capable de les comprendre.


Óðin et l'hydromel

Deux nains, Fialar et Galar tuèrent une créature créée par les Dieux, nommé Kvasir. Ils utilisèrent son sang pour fabriquer trois chaudrons d'hydromel, cette boisson magique qui donne le don de la poésie à quiconque en bois une gorgée. Les deux nains durent cependant céder le précieux breuvage après avoir tué deux géants. Le fils orphelin Suttung est le nouveau possesseur de l'hydromel. Il charge sa fille Gunnlöð de le protéger.

Óðin déguisé, arrive près de l'endroit où est gardé le nectar. Après avoir tué par la ruse tous les ouvriers de Baugi, le frère de Suttung, il annonce pouvoir accomplir le travail de neufs hommes en échange d'une gorgée d'hydromel. Baugi accepte.

Le géant va devoir percer un trou dans la montagne pour permettre à Óðin, transformé en serpent d'arriver près du breuvage. Une fois chose faite, il séduit la gardienne Gunnlöð, passe trois nuits avec elle, et la convainc de lui laisser prendre trois gorgées. Il ne s'en contente pas et vide tous les récipients. Óðin se transforme alors en aigle et s'enfuit. Arrivé à Ásgard, il recrache le breuvage et se charge de donner cet hydromel poétique aux Dieux ou aux hommes doués pour la poésie.


Þórr et le géant Geirod

Loki, habituel fauteur de troubles, est capturé par le géant Geirod qu'il était en train d'espionner, déguisé en aigle. En échange de sa libération, il réussit à faire venir dans le royaume Þórr, sans son marteau ni sa ceinture de force.

Sur la route, Þórr est mis en garde par une géante : Geirod est sanguinaire. Pour le protéger, elle offre au Dieu une ceinture de force, un bâton et des gants de fer.

À un passage à gué, Þórr est subitement emporté par une crue provoquée par la fille de Geirod qui urine dans la rivière. Il s'en sort en jettant un énorme rocher sur la géante.

Arrivé chez Geirod, Loki et Þórr sont logés dans une étable, avec une seule chaise. À peine Þórr s'assoit-il que le frêle objet se soulève aussitôt. Propulsé au plafond, Þórr plante de justesse son bâton dans le plafond. Il entend alors un cri terrible. Ce sont les filles de Geirod, venu tenter de le tuer. En retombant, le bâton venait de leur briser les reins.

Þórr se dirige alors dans la salle de réception. Dès son entrée, un géant s'empare d'un morceau de fer chauffé au rouge et le lance sur le Dieu. Þórr, qui avait veillé à mettre ses gants de fer, se saisit du projectile et le renvoie illico sur Geirod. Bien que protégé par un pilier, ce dernier est transpercé par sa propre arme.


Loki et la mort de Baldr

Sans doute l'un des mythes les plus connus de la mythologie nordique.

Baldr est le plus beau, le plus honnête, le plus aimé de tous les Dieux. Un jour, Baldr cauchemarde de sa propre mort. Pour percer les secrets de ce sombre présage, son père Óðin part au royaume des morts demander une explication. La voyante lui répond : Höðr tuera Baldr.

Pour protéger son fils, Frigg sa mère, décide de faire prêter serment à toute chose vivante afin qu'elles ne puissent blesser pas Baldr. Une fois chose faite, pour vérifier l'invulnérabilité de Baldr autant que pour s'amuser, les Dieux commencent à jeter des objets sur leur ami. Sans dommages.

Mais Loki est jaloux. Déguisé en femme, il va voir Frigg et obtient l'explication de sa protection. Il apprend qu'un minuscule brin de gui, en apparence inoffensif, n'a pas prêté serment. Fort de cette information, Loki part cueillir le brin en question et revient voir Baldr. Là, il s'approche de Höðr, aveugle. Il convainc ce dernier de participier aux réjouissances en lançant lui aussi un objet à Baldr. Höðr lance le gui donné par Loki. Celui-ci se fiche directement dans le cœur de Baldr. Il tombe raide mort.

Aussitôt, Hermóðr, frère de Baldr, part pour Hel, le royaume des morts, demander grâce pour Baldr. Monté sur Sleipnir, il franchit sans problème le portail qui garde l'entrée de Hel. La déesse, fille de Loki, accepte, à condition que tout être, vivant ou inanimé, pleurent le Dieu. Hermóðr fait savoir la décision de Hel et partout des ambassadeurs diffusent la nouvelle. Tous, homme, animaux, plantes, et pierres, pleurèrent le Dieu.

Tous à une exception près : une géante appelée Þökk.

"Vif ou mort, le fils de l'homme ne m'a jamais rendu le moindre service.
Que Hel conserve son bien"

Þökk est en fait, encore un fois, Loki déguisé. Son subterfuge fonctionne, Baldr ne reviendra jamais du royaume des morts.

C'est la goutte d'eau pour les autres Dieux. Les actes de Loki ne peuvent demeurer impunis. Il est poursuivi par ses pairs qui veulent le juger et le condamner.

Loki s'enfuit et trouve refuge dans une maison. Il y invente le filet de pêche. Le jour, il se transforme en saumon et se cache sous la cascade. Óðin, assis sur son trône, l'aperçoit alors et lance les Dieux à sa poursuite. Loki jette le filet dans le feu et plonge dans l'eau. Mais Kvasir (celui dont le sang deviendra hydromel) découvre les cendres du filet de pêche. Il en fabrique un similaire et, après deux tentatives, les Dieux capturent enfin Loki.

Il est alors ligoté sur trois grosses pierres. Les Dieux suspendent du venin au-dessus de sa tête. Sa femme, Sigyn, recueille les gouttes du poison dans une coupelle, mais à chaque fois qu'elle doit la vider, des gouttes touchent le visage du Dieu qui trésaille si violemment qu'il crée des tremblements de terre. Loki ne se défera de ces liens que le jour du Ragnarök.


Freyr et la Géante Gerd

L'un des rares mythes consacré à un Dieu Ase.

Freyr aperçoit un jour depuis le trône sacré de Óðin, Hlidskiaf, une géante splendide. Freyr tombe aussitôt amoureux. Alors qu'il morfond, il se confie à son écuyer, Skírnir, et le presse d'aller courtiser la belle géante pour lui. Skírnir part sur le plus beau cheval de Freyr, armé de sa plus belle épée et chargé d'or. Dans un premier temps, la géante refuse l'or et résiste aux intimidations. Puis, elle finit par céder et accepte de rencontrer Freyr dans neuf nuits. L'amoureux impatient répond alors :

"Longue est une nuit, et deux plus longues encore
Comment survivrai-je à trois nuits ?
Souvent un mois m'a semblé s'envoler plus vite
Que cette demi-nuit de Noce."

Malheureusement, cette passion a un prix. Pour séduire la belle, Freyr s'est défait de son arme. Il ne pourra défendre son royaume lors du Ragnarök.


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Le Ragnarök



À chaque culture, sa fin du monde. Pour les Scandinaves, elle est symbolisée par le Ragnarök. Ultime bataille pendant laquelle tous les êtres de la mythologie, Dieux, Géants, etc, ainsi que les hommes, se battent.

La plupart sont tués, seuls quelques Dieux et un couple d'humains survivent. À eux seuls, ils repeuplent le monde, sur de nouvelles bases, comme une renaissance.


Étymologie

Le mot Ragnarök laisse les spécialistes interrogatifs. Il serait composé de deux mots norrois : Ragna et Rok. Le premier signifie "Dieux" ou "Puissances", le second est plus complexe à interpréter, mais signifierait (d'après la plupart des linguistes) "destin final". Le Ragnarök serait le destin final des Dieux, la fin d'un monde.

Pour autant, dans les Eddas, une orthographe particulière remet cette traduction en cause. On y trouve le mot orthographié "Ragnarokkr". Le mot "Rokkr" implique l'idée de crépuscule. Le spécialiste Haraldur Bernharðsson y voit l'idée de renouveau. Pour lui, il ne s'agit pas d'une fin mais d'un renouvellement.



La légende du Ragnarök

Une fin qui donne sur un renouveau. C'est bien ce dont il s'agit dans les Eddas. Après lui, vient le temps de l'apaisement. La terre se reconstruit peu à peu. Les Dieux survivant rétablissent un monde de verdure et de paix. Líf et Lífþrasir, seul couple humain, seront les précurseurs du genre humain.

Avant ce dénouement, la bataille fait rage. Chaque dieu, bon ou mauvais, joue un rôle. Le serpent Jörmungandr, qui entoure le monde de son corps, se retourne et déchaîne les océans en vagues monstrueuses. Lui et Þórr vont mutuellement se tuer pendant la bataille. Fenrir se libère de ses chaînes et parvient à assassiner le Dieu suprême, Óðin. L'arbre Yggdrasil, fondement des mondes, tremble, le chien de Hel aboie violemment, les tempêtes se succèdent. À la mort des dieux, les hommes désertent, la terre s'enfonce irrémédiablement dans la mer, les étoiles disparaissent. Un loup, de la race de Fenrir, dévore le soleil, mais ce dernier aura le temps d'engendrer une unique fille, garante de la survie du monde futur.

Le Ragnarök, annoncé par trois hivers consécutifs, évoque des mythes bien connus, comme l'apocalypse des chrétiens, le déluge mésopotamien avec l'épopée d'Atrahasis ou l'al-Qiyāmah musulman. À chaque fois, il s'agit bien d'une résurrection, d'un renouveau, faisant place nette.


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Sources



Yggdrasil, l'arbre des origines, Françoise Rachmuhl, David Lozach, Alternatives, 2002.

Mythologie, mythes et légendes du monde entier, Collectif, EDL, 2006

L'Edda, Récits de mythologie nordique, Snorri Sturluson, Gallimard, 1991.

Les miniatures islandaises, Jónas Kristjánsson (trad. Régis Boyer), Renaisance du Livre, 2003.

Le monde du double, Régis Boyer, L'Île Verte, 1986.

Héros et dieux du Nor, Régis Boyer, Guide iconographique Flammarion, 1997.

Loki, Georges Dumézil, Champs Flammarion, 1995.

Mythes nordiques, R.I. Page, Points Seuil, 1993.

Odin et Thor, dieux des Vikings, Jean Renaud, Alexis Charniguet, Larousse, 2008.

Les dieux des Vikings, Jean Renaud, Ouest-France, 1996.

Dieux et mythes nordiques, Patrick Guelpa, Septentrion, 2009

Toutes les sources du site Toute l'Islande ici.





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