Biographies



En partenariat avec le blog Vivre en Islande, retrouvez les biographies des acteurs phares de l'Islande : Sólveig Anspach, Sigur Rós et d'autres à venir.



Sólveig Anspach



Article rédigé en 2013.


La réalisatrice Sólveig Anspach est la plus française des Islandaises. Ses films oscillent entre gravité et humour, traitant souvent de sujets difficiles, toujours avec cette pointe de recul qui fait sourire le spectateur. Entre documentaires, courts et longs-métrages, Sólveig met en avant les femmes et l’Islande. Retour sur sa carrière.




Le cinéma de Sólveig

Sólveig Anspach naît en 1960, à Vestmannaeyjer, en Islande. Sa mère, islandaise, est la première femme architecte du pays. Un modèle pour Sólveig. Elle lui inspire la conviction que les femmes peuvent tout faire, à condition d’être plus tenace que les hommes. Elle se souviendra de ce conseil en choisissant la voie du cinéma. Quant à son père, américain, c’est un cinéphile. Il initie Sólveig à cet art en l’amenant voir très régulièrement des films.

Après des études de philosophie et psychologie clinique, Sólveig ressort diplômée de la Fémis, école supérieure des métiers de l’image et du son, section réalisation, en 1989. Dès l’obtention de son diplôme, elle fait ses armes avec de nombreux courts métrages et documentaires. Transparaît immédiatement une grande sensibilité par la mise en avant de ses personnages, très souvent féminins. Elle les filme au plus près dévoilant toute leur psychologie, tout en laissant une grande liberté d’action à ses actrices. Sa vision du cinéma est celle d’un tissage où la réalisatrice apporte la trame principale et où chacun intègre un fil de couleur. Un imprévu dans le scénario, un accident de parcours, et le tournage prend du sens. Son cinéma est celui du partage, du lien et du travail d’équipe, attendant essentiellement des acteurs de la sincérité.

La sincérité, c’est ce qui ressort de ses films subtils et intimistes. Pour elle, le cinéma doit être un choc émotionnel. Son œuvre dévoile des faits de société graves et moins graves, dans une simplicité évidente. Documentaires, courts et longs-métrages, Sólveig dépeint toujours une réalité de la condition humaine. La maladie avec « Hauts les cœurs ! », la peine de mort avec « Made in the USA », le deuil avec « Queen of Montreuil », la guerre avec deux courts-métrages sur Sarajevo ou encore la prison ou les délits avec « Par amour », « La Tire » ou « Que personne ne bouge ! ». Ce dernier film de 58’ remporte en 1998 le Prix du Public et du Meilleur Documentaire au Festival International du film de femmes de Créteil. Une première reconnaissance de son travail.




Haut les cœurs

L’année suivante, sort « Haut les cœurs ! ». Succès immédiat. Karin Viard obtient le César de la Meilleur Actrice en 2000 pour ce rôle où elle campe une femme enceinte atteinte d’un cancer. L’héroïne est confrontée à de terribles décisions, partagée entre le bonheur de devenir mère et la réalité abrupte de la mort à venir. Un film sensible et intimiste où Sólveig laisse parler son expérience de la maladie.

Malgré la lourdeur des sujets traités, Sólveig glisse toujours une pointe d’humour dans ses films. Peut-on rire de tout ? Sólveig nous apprend que nous pouvons au moins dédramatiser les malheureux hasards de la vie. Face au cancer d’Emma, l’héroïne de « Haut les cœurs ! », son mari tente avec succès de faire rire sa femme et le spectateur. L’humour permet de garder un pied dans la réalité pour ne pas sombrer dans les méandres de la terreur. The show must go on, la vie continue. Le cinéphile retrouve cette dualité dans le dernier film de Sólveig Anspach, « Queen of Montreuil ».

Actuellement à l’affiche, il évoque, tout en finesse et délicatesse, le deuil. Après la perte de son mari, l’héroïne tente de surmonter sa peine. Embarrassée par l’urne funéraire, elle recueille deux islandais un peu fous, mais bienveillants, chez elle. Elle va réapprendre à vivre par eux, mais surtout par le phoque qui s’invite dans sa salle de bain. En Islande, le phoque est à l’origine de nombreuses légendes, notamment celle selon laquelle il serait une réincarnation de l’être humain. Film émouvant et drôle à la fois, Sólveig perpétue la tradition islandaise du mélange de la folie, de l’humour et de la poésie.




L’Islande de Sólveig

L’Islande est d’ailleurs omniprésente dans sa filmographie. Sólveig Anspach vit en France mais entretient un lien étroit avec son pays d’origine. En 2001, elle réalise le documentaire « Reykjavík, des Elfes dans la ville ». En 2003, elle met en scène une autre actrice française, Élodie Bouchez, dans le documentaire « Stormy Weather », tourné dans son île natale, Vestmannaeyjer. L’histoire est celle d’une psychiatre qui s’attache à ses patientes. L’île lui inspire un autre court, éponyme, racontant les rêves et souvenirs des habitants quinze ans après une éruption volcanique. Éruption que Sólveig a elle-même vécu. Toujours l’Islande avec un autre court, « Le chemin de Kjölur », où des cavaliers traversent la région la plus désertique du pays. Dans « Haut les cœurs ! », le frère de l’héroïne s’invente une vie en Islande, avec cette réplique clichée qui fait sourire les islandophiles « Les Islandais sont sympas. Ils ne parlent pas beaucoup, sauf quand ils boivent. »

2006, nouveau tournage en Islande avec le film le plus déjanté de Sólveig, « Back Soon ». Un film hilarant dans lequel on retrouve cet esprit islandais loufoque. L’héroïne, jouée par la poétesse islandaise Ditta Jónsdóttir, souhaite revendre son commerce de vente de cannabis pour se consacrer à ses deux fils et quitter le pays. Elle va se retrouver embarquée dans tout un tas d’aventures incongrues.




Les femmes

Quatre ans plus tard, Sólveig s’essaye au téléfilm avec « Louise Michel, la rebelle ». Encore une fois, la réalisatrice met en avant les femmes. L’actrice française, Sylvie Testud, tient parfaitement le rôle de Louise Michel, cette rebelle communarde, qui défia l’autorité française et qui ne cessa de se battre pour ses convictions, résistante dans l’âme.

Sólveig vient de finir le tournage de son prochain film « Lulu, femme nue ». Actuellement en montage, il est inspiré de la bande dessinée d’Étienne Davodeau. L’histoire est celle de Lulu, accablée par une vie qu’elle ne maîtrise plus, qui décide après un énième entretien raté, de ne pas rentrer chez elle. Elle découvre un sentiment de liberté et d’espoir. Personnage idéal d’un film de Sólveig, l’adaptation cinématographique promet de belles émotions, d’autant que Lulu est jouée par Karin Viard.

Le cinéma de Sólveig Anspach est un cinéma profondément humain et sensible. On pleure, on rit et on s’émerveille de l’esthétique simple de ses films. Cette conteuse transmet des histoires fortes. La chance du cinéphile, c’est que Sólveig n’arrêtera de filmer que quand elle sera sourde et aveugle. Autrement dit, encore de beaux films à venir.



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Sigur Rós



Article rédigé en 2013.


Sigur Rós, groupe incontournable, séduit les amoureux de l’Islande. Mais pas seulement. Actuellement en tournée, ils affichent complet sur chacune de leur date. Dès leur début, le groupe rencontre une ascension fulgurante. La voix du chanteur, Jónsi, fait frissonner. Les musiciens transcendent leurs instruments. Musique expérimentale assimilée au rock progressif, ce groupe unique est aujourd’hui une référence.




Les débuts

1994, Jón Þór Birgisson, alias Jónsi, et ses deux amis Georg Hólm, alias Goggi, et Ágúst Ævar Gunnarsson, sans alias, créent leur groupe. Le nom reste à déterminer quand vient au monde la petite sœur de Jónsi, Sigurros, qui signifie « Rose de la Victoire ». Le nom est trouvé. Jónsi est au chant et à la guitare, Goggi à la basse, Ágúst à la batterie, même si chacun d’entre eux est multi-instrumentiste. Signes particuliers : Jónsi est aveugle de l’œil droit et Goggi est surnommé « White Fang » pour sa dextérité à attraper les poissons avec les dents. Soyons sûrs que cela paraisse indispensable pour le pays de pêcheurs qu’est l’Islande.

Leur premier album très inspiré des paysages islandais et totalement instrumental, Von, sort quatre ans plus tard sous le label Bad Taste, celui-là même qui lança Sugarcubes et Björk. « Von », espoir en islandais. Il en découlera plus tard un nouveau concept, le « vonlenska », le « vonlandais » (mélange d’espoir et d’Islande). Un langage imaginaire qui s’articule sur les sonorités islandaises et s’adapte à leur style musical particulier. Un langage qui ne veut rien dire et qui, pourtant, parle à tout le monde.

En 1999, le groupe s’élargit. Ágúst part, mais deux autres musiciens intègrent le groupe : Orri Páll Dýrason (à la batterie) et Kjartan « Kjarri » Sveinsson (aux claviers). Ils sortent leur deuxième album Ágætis byrju que le label anglais Fat Cat distribue au Royaume-Uni. C’est le début du succès hors de l’île. En 2000, Sigur Rós enchaîne et fait la première partie de la tournée de Radiohead. À partir de là, les labels américains vont se disputer le groupe islandais. Une tournée triomphale aux États-Unis et Sigur Rós devient le groupe à la mode. Les médias ne parlent que d’eux et les plus grandes stars se précipitent aux concerts. Il faut bien avouer que le groupe fait figure d’ovni dans la chanson. Sur scène, chaque membre est habité. La voix cristalline du chanteur (falsetto), la plus aigüe pour un homme, et une musique minimaliste empreinte de cette poésie islandaise. Sans cesse innovant, Jónsi joue de la guitare avec un archer (effet déjà utilisé dans les années 70, notamment par Jimmy Page) qu’il lui arrive de briser net tant il s’acharne sur sa guitare. Pendant que Goggi, lui, joue parfois de la basse avec une baguette de batterie. C’est ça, l’esprit islandais, faire d’éléments improbables une réussite totale et originale.





Le succès

Sigur Rós n’hésite sur aucun détournement artistique d’instruments et se fait accompagner du quatuor à cordes Amiina, entièrement féminin. Sur scène, la magie opère. Le groupe embarque le public dans d’autres sphères. Jeux de lumière et présence scénique phénoménale font de leur show une expérience unique.

Björk, star incontestée, chante en anglais, plus accessible pour une carrière internationale. Sigur Rós se paie le luxe de toucher le monde avec des textes uniquement en islandais. Leur musique, elle, est universelle. Voir transcendante, quasi religieuse. Même leur look parfois kitch et les fanfreluches de leurs vêtements n’altèrent pas l’engouement. Ce groupe monstrueusement talentueux arrive sur scène en toute humilité. Les premières notes jaillissent et le public décolle.

Malgré le succès mondial, Sigur Rós n’oublie pas son Islande. Le troisième album, plus intimiste, sort en 2000, sans titre, (). C’est celui du vonlandais. Aucune parole, seulement ces intonations islandaises et ces rythmes féériques. L’album est enregistré à Álafoss, dans le studio privé de Jónsi. Et comme les Islandais ne font rien comme les autres, ce studio se trouve dans une piscine désaffectée.

Fort de leur succès, Sigur Rós enchaîne et signe en 2002 l’album de leur carrière, Takk (« merci » en islandais), un peu plus électro-pop que les précédents. Mais ils continuent de garder leur esprit si particulier. C’est la consécration. Leurs chansons seront utilisées par la suite dans de nombreuses publicités, films, bandes annonces et téléréalités. On les entend partout.

En 2007, le groupe innove encore avec leur DVD Heima. À mi-chemin entre le spectacle et le documentaire, Sigur Rós fait découvrir l’Islande des Islandais, celle des petites villes et villages. Un tour de l’île au rythme de leur musique.

Pas de répit pour le groupe. L’année suivante, sort Með suð í eyrum við spilum endalaust. Traduction : « Avec un bourdonnement dans les oreilles nous jouons inlassablement ». Sigur Rós régale encore son public, malgré la censure d’un de leur clip.

Comme pour tous les groupes à fort succès, des rumeurs de séparation circulent. Il n’en est rien. Certains ont des projets personnels, mais aucune envie de briser le groupe. Jónsi, le chanteur, sort un album solo, Go. On y repère l’essence de Sigur Rós. Reconnaissance absolue.

En 2011, après une tournée triomphale, Sigur Rós enregistre leur concert Inni à l’Alexandra Palace, à Londres. Le film du concert très intimiste et abstrait est tourné par Vincent Morisset. D’abord tourné en 16 mm, il est ensuite à nouveau filmé à travers divers objet, qui donnent un effet artistique flouté. Diffusé au cinéma de la Géode à Paris l’année dernière, les spectateurs ont eu le sentiment de faire partie du groupe.

Le dernier album, Valtari, rencontre quelques difficultés à émerger. Le projet est abandonné dans un premier temps à cause de problèmes d’orchestration et de de finalisation des chansons. C’est alors qu’Alex Somers, le compagnon de Jónsi, les aide à accoucher du projet. Album plus calme que les précédents et toujours aussi minimaliste. L’acteur Shia Labeouf tourne, nu sur quelques scènes, pour un clip de cet album.

Début 2013, Kjarri quitte le groupe pour mener à terme ses projets artistiques. Cela n’empêche pas Sigur Rós de concocter un nouvel album, promis pour la fin de l’année. Les membres, dont Jónsi et Goggi sont les seuls à être là depuis le début, souhaitent lui donner un côté plus rock, mêlant les styles.

Le groupe Sigur Rós n’est comparable à aucun autre groupe. Ils puisent leur inspiration dans leur Islande natale. Fermez les yeux, écoutez et vous vous retrouvez plongé dans la nature flamboyante de l’Islande. Découvreurs de sons, magiciens, initiateurs, artistes un peu décalés, à la folie douce, Sigur Rós n’a pas fini de nous surprendre et de nous émerveiller.


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Sources



www.sigur-ros.co.uk

www.solveig-anspach.com

Toutes les sources du site Toute l'Islande ici.


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